mardi 23 avril 2013

Alignez-vous

 

Alignez-vous
Groupez-vous,
Poussez-vous,
Bon sang,
Alignez-vous !

Qu’il ne reste
qu’une seule crête
une seule mire,
une seule ligne
une seule gueule,
un seul front.

Alignez-vous,
Allez, génuflexion !
Genus de santons !
Ensemble à l’unisson !
Sauvegardez votre maison !
Ratissez vos rigatons !
Crachez et respirez en tous.
Soyez pétris.
Soyez gentils.
Que vos lèvres se scellent.
Que l’esprit s’empale sur le grill
Que rien ne vous réplique !
Soyez parfaitement unique !
Soyez polis dans le sel de vos salives.

Que la nuit vous enferme…
pour vos clopinettes
Pour la gloire…
de vos majorettes
Au son de …
vos trompettes
Et qu’au terrain des supplices
vous soyez pris dans le goudron.

Allez, alignez-vous !
Qu’ injustice persiste,
et que le vide nous assiste.
Rayer de cette ligne
le doute et les possibles.
A la santé de vos souhaits !
Mâchez en tout votre vrai .
A votre sacrée peur
portez l’absence de vos pensées.

Alignez-vous
Groupez vous, poussez vous,
Bon sang,
Alignez-vous,
qu’il n’y ait
qu’une seule crête
une seule mire,
une seule ligne
une seule gueule,
un seul front.

Que je puise
sans pieu ni mètre
de mes mains
enfin faire ce carton !

 

Astrid Shriqui Garain, avril 2013 

lundi 22 avril 2013

Les meutes en procession

  

Crédits photo : Vicki Jauron, Babylon and Beyond Photography - Getty

 

 

Aux pieds des mono-tons et des infâmes
l’usure encorne les retables.

 

Grande porte à la hanche du diable !

Renifle bien le bruit de leurs étables !
Écoute, les chiens s’approchent!

A leurs bois pesants et lourds
vient pendre la nacelle des vautours.

Il faut croire que la plaine
rampe dans le remugle des vilains jours.

Il fait noir soleil sur la croix d’or
Il sont si bruns de tout leur sort.

Il connaissent si bien la haine.
C’est elle qui les engrosse et les fait naître.
Ses pleines mamelles tressent
les fils croisés de leurs crochets.
C’est elle qui dresse si fort cette langue
au bout de leur queue enfiellée.

Et c’est son laid qui dessine sur leur face cette bouffonne
grimace qui leur tient si mal de vilaine farce.

Écoute, on tient les chiens en laisse !
Ils sont nombreux peut être,
mais regardent comme ils sont peu.

Ils bottent déjà l’azur.
Ils casquent la devanture.
L’insigne porte à leur gorge
la bave noire de leurs méfaits.

Cherche le maître et tu auras la bête !

Paris est pleine de hyènes,
ça pue l’ordre et puis quarante,
ça pue les bruits de glace.
Ça pue le bûcher de nos sonnets.

Les chiens sont dans la rue
N’attends pas l’ordre du maître
Il t’en reviendra des cendres.

Les chiens couvrent toujours l’émeute.
Ils tirent sur leur laisse,
c’est leur instinct qui les commande.

Il fait soleil noir sur la croix d’or
Il sont si bruns de tous leurs pores.

Ne laisse pas, les chiens porter l’auge du maître.
Abats le maître,
et tu chassera ses bêtes.

Les chiens, dis toi que ça se fait taire,
sinon, c’est eux qui te jetteront en terre.

 

        Astrid Shriqui Garain, 04.2013 

vendredi 19 avril 2013

Le chevet

 

 "Antigone, consolatrice", Giorgio de Chirico

 

Il suffit qu’une nuit pleine de démesure,
heurte ma raison et se fracture
Pour que je saisisse toute sa lecture.

Il faut alors que je me rende à mon chevet
et, bien long temps, rester,
Veillant à ce que l’obscur ne récite pas son chapelet.

Et c’est dans le recueil du jour que je m’endors
lorsque la nuit, enfin, s’échappe d’un mauvais sort.

Extrait du recueil « Ynys Avallach »,
Les éditions du Littéraire – La bibliothèque de Babel
juin 2014 – ISBN-13 : 978-2919318223

mercredi 17 avril 2013

Mk II - 613

 


Des grenades sur les étals du marche Mahane Yehuda de Jérusalem. Crédit : Flash 90

 

Quand tu portes ton cœur à tes lèvres
Ne le lâche pas
Ne tremble pas
Mets le bien entre tes dents
Serre le
Et n’hésite pas.

Tire d’un coup sec.

Balance le aussi fort, aussi loin
que si tu jetais ton dernier filin

Le bruit

        c’est rien
        

        Les pierres  

        c’est rien


         Les cris 

         c’est rien


         Si tu avais ton cœur entre les mains
         Pas vrai ?
         çà ,c’était pas pour rien.

  N’oublie pas…

cinq secondes !
Cinq secondes pour percuter le monde
Cinq secondes
Pour reprendre ta place dans la ronde.

 

Astrid Shriqui Garain, avril 2013 

 

 

lundi 15 avril 2013

Dans la cendre de ces yeux

 

Fusain, avril 2013

 

La forme de ces yeux  

trace sur le rivage


un étrange passage vers un lieu où s’adresse son visage.

Profonde contre son front,
en la lecture d’autres cieux,
deux ailes en son silence songent.

Posée sur la branche d’un cil,
du bout de son bois, se  tresse,
l’émerveille d’un pays sage.

Seule, elle ne se noue à aucun nom.

Sans cesse , elle déroute les fils du désamour,
et accroche dans les arbres
de solaires contours et de possibles desseins
qui mèneront toutes ses vies vers sa route.

Deux ailes décorent, hors de ses nuits, des espaces bien infinis.

Se pourrait-elle que l’ombre d’un visage porte la lumière sur le message ?
Puisque c’est dans la forme de ces yeux qu’elle écrit
tout ce que qu’elle n’aura, encore, jamais dit.

 

Astrid Shriqui Garain, avril 2013 

Le barrage de WARBURG

 

                                                 KERIÐ CRATER, le cercle d'or,  Island


Lorsque la source,
quittant son chemin de ronde,
fera céder la soif que tu retiens,

Ton œil, seul, entendra

Aucun son ne parcourra

 

Tes mains, seules, sentiront

Aucune ombre ne parviendra

 

Ton nez, seul, verra

Aucun écho ne veillera

 

Tes lèvres, seules, liront

Aucune flamme ne viendra

 

Tes oreilles, seules goûteront

Et en toi seul, ensemble, ils ordonneront.

Alors, relevant ce masque
qui te tenait dedans
Tu traverseras l’instant miroir
dans l’embrasement d’un temps.

S’il te vient l’encre à la bouche
Ne t’y arrête pas,
et suis longuement son discours.

Il te faudra alors nourrir ce jour de tout ton sens
pour que se lève enfin sur le monde
Tout le chant de ce chœur libre, fort, et battant.

 

Astrid Shriqui Garain 



mardi 9 avril 2013

Décharge

 

 

 Je geste sur ta peau le lest d’un mot.

je plonge et tangue, vers le sillon des pourpres
où se déhanchent nos lèvres.

L’éclat de tes cernes dessine dans mon dos
deux ailes étranges qui se languent sur ta peau.

Elles me dansent, elles te chantent
et se dressent en un mot.

Tu lestes mes gestes sur tes lèvres,

Annonce, enfin que s’ouvre moi.
 

Dans l’éclair de ces veines
Ne nous reconnais pas.

Reste de peau
Sur le bord d’un mot.

Recul en toi
La nuit avance,
Écarte moi

Écoute en silence à deux pas

Baise ta sève

Crache mes braises
 

En substance ce qui vient de moi
échappe à la matière qui est si loin de toi.

Vélin de toi
Venin de moi

Crève l'archange
et que délivre... soi.

 

Astrid Shriqui Garain 

 

 

 

vendredi 5 avril 2013

IMAGO


Plaster head, 1945, photographie de Josef Sudek


Sans face, ni masque,
Je n’ai aucun visage.
La lymphe coule sur mes mains.
Les yeux livrés à la lumière
sentent la chair brûlante de la bête.

Je n’ai, à ma bouche, plus de lèvres.
Je ne commets plus de son.
Je suis inconnue de moi même
Je suis seule ainsi sans l’être.

Sans face et sans refuge
Sans masque, nulle armure
Vulnérable à naître de moi même
Je suis face contre le masque
la chair contre la pierre.

C’est là sous ses arcades de marbre
que le visage soupire sa défigure
et pleure d’être sans larmes.

La face modelait le masque
La masque donnait la face.

L’écorche de l’être
se transforme en vision.

Prendre la peau de l’être
sans abattre la bête…
De la chasse au massacre

Il n’y a que l’intention.


© - Astrid Shriqui Garain   04.2013 









jeudi 28 mars 2013

La balance de Penrose

 

 

 

Pierre de lest de L'Aimable Grenot (1749), recouvertes d'organismes marins.

Teddy Seguin (Adramar) © MCC / DRASSM 

 

 Pour mesurer le poids qu’il convient de donner à leur vie, les hommes ont eu         l l'étrange idée d’inventer une balance sur laquelle ils déposent certains poids.


La masse de leur vie, ainsi déposée sur ce plateau, ne s’exprime pas en gramme, ni en kilo,. Non ce système maléfique leur indique un taux qu’ils ont appelé : Réussite, nom qu’il donnèrent également à un jeu de cartes, afin certainement d’exorciser le mauvais sort dont ils bénissent parfois leurs coups.


Ils portent la valeur de ce taux sur un grand registre dont personne d’ailleurs, après eux, n’en fera de lecture.
C’est un taux qui relève uniquement du quant à soi.
Ce taux donne toute sa valeur à une vie toute bien pesée, mais il n’existe que pour celui qui l’inscrira sur le registre….

Il se déclare et se compare, mais ne se partage pas.
 

La question n’est pas de savoir pourquoi cette balance fut inventée.
Nous dirons qu’elle fut conçue pour faire contre poids à divers angoisses qui naissent dès la naissance dans un cerveau, très simplement,... humain.


Il faut calmer le doute, la peur, rabaisser sa supposée médiocrité face à celle de son prochain.  

Il faut caresser son ego à contre sens de la lame pour être sûr et certain que tout ce qui sera donné à la vie justifiera ce que la vie donnera.. et vices et rien que vers soi.
L’équité réclame l’équilibre.
C’est sans doute également par soucis de sa propre justice que l’homme forgea cette balance dans son cerveau grouillant d’humanité .
L’homme doit se rende justice… 

Le jugement s’échappe de l’humain, sinon il resterait prisonnier de sa raison.
La réussite doit loger dans son écrin : un bonheur de satin. La possession d’un tel joyau fait naître les envieux, à le tenir si fort entre ses mains, l’homme parfois en devient très vilain. 

La réussite enlaidit parfois l’homo sapiens et écrase de toute sa place souvent ceux qui croisent gentiment son chemin.
 

Mais examinons ces poids qu’il dépose avec impatience à chaque instant sur son plateau.
Quelle est la masse de sa vie ? Quel est ce taux qu’il nommera gloire, exploit, grande conquête…. dans le meilleur des cas, ou bien… échec, banqueroute… dans bien des cas.
Car il n’y a pas de demi mesure concernant cette chose là.
Il faut qu’elle soit totale. Pas d’autre choix.
Les poids sont à la mesure des hommes, juste à leur portée.
Ils ne dépassent jamais leur envergure.
 

Chacun ses poids. Chacun son taux. Chacun sa vie …et tout vient peut être de là.
 

Dans ce plateau, ils y mettront de tout et parfois de vraiment n’importe quoi.
Qui de l’or, qui des médailles, qui des hourras, qui des territoires, des orgues, des titres, une lignée, des fortunes, des palais, un nom gravé sur plaque ou un pavé, peut être un peu d’autorité, du respect, une certaine élégance, de la puissance, de la hargne, des idées…mais ces dernières sont parfois un peu dangereuses.  dangereux. Il faudrait parfois savoir y renoncer. Mauvaises et donc fausses, elles abrègent très vite nombre d’éternités.


Ils sont peu nombreux ceux qui arrivent à stabiliser la balance.
Si peu, que pour finir, on n'en connaît aucun.
Il n’est pas facile de comprendre que le déséquilibre provient de son propre poids.


Lorsque ta vie est sur la balance , ami, elle a déjà le poids qu’elle a.
Et tous tes poids n’y feront rien.


Alors ils pèsent…., le pour, le contre, le moins et le mieux, le sans doute et l’environ. 

Ils perdent leur temps pendant que leur vie sur ce plateau perd… 

et de son goût et… de ce qui fait tout son poids.
 

C’est une balance de Penrose dessinée par Escher.
 

Le maléfice réside là : à bien peser ta vie, tu ne bouges pas.
 

Quel imbécile peut il inscrire sur son registre que sa vie fut réussie ?
Qu’ elle le fut ou pas, quel intérêt ce joli taux rapportera ? Que feras tu de cette monnaie lorsque tu n’auras plus la force de chanter sur ta route?
 

Alors pour donner à sa vie non pas un prix ou quelque taux, mais juste le plaisir que vous deviez lui offrir, il convient de ne jamais la peser, mais de l'aimer.
 

Emplissez là de choses qui ne feront jamais le poids à la caisse des boutiquiers : un regard sans remord, un baiser sans regret, les pavés de l’été, des premières fois, des cris, beaucoup de rires, un peu de larmes, et des bras, des épaules, des sourires, de la sueur, des murmures, du souffle, de l’attente, des courses, des derniers trains, de très beaux matins, des inutiles, des futiles, des magiques, des terribles, et toutes ces tonnes de choses imbéciles auxquelles on tient.


A si bien aimer toutes ces choses, ami, la vie, va.. elle te suivra !
Mieux que ton ombre, elle sera devant toi !
Peu importe le poids qu’elle aura, elle te remplira bien les bras.
Le registre ? laisse le  à ceux qui ne savent que compter sur leurs doigts et cela de tout leur poids.

 

Astrid Shriqui Garain , "la balance de Pensrose",  03.2013

lundi 25 mars 2013

De vos raisons

 

 Léonard de Vinci, Codex, extrait. 

 

Je ne me ferai pas une raison.
M’en faire une serait vous la donner.
Alors je vivrai sans raison,
Avec juste la vérité de ma passion.

La raison ça décore les salons
La raison ça se fabrique dans l’usine des poisons.

Moi je n'ai pas de raison.
Je n’en veux pas.
Mes pieds et moi nous marchons,
sans raison,
depuis la première saison.

La raison, ça pèse lourd.
Elle vous entraîne par le fond
en s’accrochant aux faux plafonds.

Ni de fausses, ni de bonnes,
des raisons ?
Je n’en fabriquerai pas.

Vous en avez déjà plein vos miroirs,
Alors, ne m’en donnez pas.
Gardez les vôtres pour vos salons.

Même en tendant mes ailes,
 je ne les entendrai pas.

C’est en rime et sans raison
que je vole seule, toujours,
Si loin de vos salons.

 

 Astrid Shriqui Garain, "de vos raisons", mars 2013 


samedi 23 mars 2013

Le conseil de la Nuit

 

 

" Attributs des arts," 1769, d'Anne  Vallayer-Coster

  

Lorsque la nuit tiendra conseil sous le grand Dôme,
je ne viendrai pas.
Des affaires plus urgentes me retiennent.
J’espère, qu’elle m’excusera.
Je la laisserai s’étendre sur ses vastes sujets.
Je sais le plaisir qu’elle retire de son encre à tremper
la complainte des journaliers.
Lorsque la nuit apparaîtra dans sa bure fantôme
et ouvrira le registre
que le Temps déposera dans ses bras,
je ne viendrai pas.
Je n’aime pas les conseils,
puisqu’il ne m’aident pas.
J’ai affaire à d’autres débats.
J’ai message d’adieu qu'il me faut rédiger.
Et ,cela avant que le jour ne se montre las.
Même si la nuit de m’excuse pas,
Il faut que je m’y rende,
au nom de ce que ce que je ne deviendrai pas.
La nuit a sans doute ses lois, ses coutumes de soie,
Moi, je tiendrai parole auprès de celui
qui me confiera la force de son combat.
C’est un lieu où se murmure chacun de nos pas.
Il faut entendre les regards, et deviner les absences.
C’est un lieu sans lumière et sans ombre,
Notre présence n’y survivrait pas.
Lorsque la nuit lèvera son bras, marquant la fin de son conseil,
et qu’elle reprendra haleine dans la gorge des faubourgs,
Je serai loin, déjà.
Entre mes mains se tiendra le repos de certains mots.

En mémoire de leur chant
je ne m’oublierai pas.

J’aurai tenu ma promesse à cette adresse,
et brandi mon amour comme un flambeau
au chevet de celui, qui n’a plus affaire de conseil,
puisque son retour ne viendra jamais nous tenir de propos.
Alors, absente de la grande table de la Nuit,
sous la tente grande ouverte du Soleil,
quittant ma détresse,
je viendrai te porter ce conseil :

Si tu invites tes nuits à la tendresse,
Il se pourrait qu’elles te rendent un jour très beau.


Astrid Shriqui Garain, 03.2013 



Le verger de mon esprit

 

 

 "Monna Vanna", la Joconde nue...

  de Gian Giacomo Caprotti dit Salai...1515-1525... ?

 

Entre ma chair et mon âme réside mon esprit.
En cet espace se loge la racine de mon être.
Du fruit de l’ amour à l’amour de la chair
Mes vers, mis en chaire, s'élèvent à l’envers des cieux.


Mon cher amour cherche l’amour de sa chair
dans l’étrange et profond miroir de ses yeux.


Dans la noire de mon ventre s’élancent mille pieux.

L’esprit se détache de ma chair et perce mon âme.
Repose ici la semence d’un fruit au goût silencieux.
Ma bouche mise en bière aspire d’autre lieu.
Le cœur lèche sur la lame la sève pourpre d'un rameau.
 

En la mémoire de mon être.
A ce flambeau, l’esprit jette l' âme et la chair
et renvoie à la force des cieux
cette rage de ne pouvoir se savoir être
encore un peu, même mal, et si peu. 


"Le verger de mon esprit", Astrid Shriqui Garain. 2013 

 


La nuit étoilée

 

 La nuit étoilée , Vincent Van Gogh , 1889

 

 

Émettre la fréquence de nos passages,
Lancer nos messages dans l’espace,
Capter les bruits du monde pour lui remettre sa lecture,
Pouvoir donner réponse au silence des ondes.

Traverser le mur du son provoque le souffle des questions
et nous livre l’urgence de nos missions.

"Transmission",  mars 2013 , 

Astrid Shriqui Garain

 

 

"Timbres, espace, mouvement",  d'Henri Dutilleux

vendredi 22 mars 2013

LE PAS DU CYCLOPE

 

 


 

"L'allée des géants", photographie de Catherine Minala 

 

La ligne des arbres
triangle nos routes

La courbe en regard
tréfonds de mémoire

Lumière en certain soir
sphère l’horizon

L’esprit de nos brumes
puits de nos sons

L’instant dérègle
parfois notre vision.

 


L’arbre courbe sa mémoire
pour porter l’instant de sa vision
sur la ligne blanche de la raison.
Il sonne dans la brume du soir
son parfum lourd à l’horizon.

 

Astrid Shriqui Garain 

 

Extrait du recueil « Ynys Avallach »,
Les éditions du Littéraire – La bibliothèque de Babel
juin 2014 – ISBN-13 : 978-2919318223


jeudi 20 septembre 2012

Tellement fort

 

                           "Elle pleut", Astrid Shriqui Garain, acrylique, 2011


 

Il faut que je dorme fort
Et je n’entendrai pas la pluie.

Oublier le souffle de ces orages de suie.
Ouvrir aux couleurs qui battent à toutes nos vies.

Il faut que je dorme fort
Et je n’entendrai pas la pluie.

Suivre la partition de nos saisons
Et saisir dans ses accords
une note qui goûtera le ciel et écrira l’aurore.
Dormir encore,
et aimer la première lettre qui viendra à la fenêtre,
Et puis attendre sur une marche blanche
que le soleil entrouvre cet instant et dépose sur nos lèvres
un peu du sel de ce printemps .

Il faut que je dorme fort
Et je n’entendrai pas la nuit
qui laisse entre ses mailles dehors
se faire prendre dans le gris.

Je dors,
sans regret ni remord,
sous une pluie d’or.

Tant et si bien
je dors
Tellement fort.

 Astrid Shriqui Garain, 09.2012 

vendredi 7 septembre 2012

Origavie

 

 

 

Œuvre de Yulia Brodskaya, papiers.

 

J’sais plus si c’était…
son odeur ou …sa couleur.
Un coup d’buvard…un tas paplars…
Rien de fini!

Origami !
que je m’ suis dit.

Le temps, lui…
Il pleuvait un coup,
Un coude sur le boulevard.

J’ sais pas ce qui m’a pris
Juste un peu d’envie.
J’ sais plus comment j’ai réappris
C’est dans mes mains que j’ l’ai repris,.
En suivant une de ses veines,
En restant dans la marge,
J’ai tout saisi.
En ne faisant aucun trait,
Juste en suivant le sens du papier.
Fallait rien chiffonner !
J’ai glissé les mains dans ses replis et ses secrets,
là où la lumière n’osait plus entrer.

J’ai pris ma vie et j’ai….
recommencé.

Je l’ai sortie d’une rame
C’est comme ça que tout a démarré
J’ai dénoué toutes ses lianes.
J’ me suis retournée comme une feuille,
et j’ai filé en diagonale.
J’ai appuyé au centre, bien au dessus
Les quatre coins ensemble,
S’agissait plus de se tromper
Ma vie a pris une de ses formes et …
le goût d’une orange !
Une mésange en losange !
Les angles s’imposaient !
J’ai poussé les battants ,
Droit devant !
Ça m’a fait un pli central
J’ai déplié mes mains rabattues
et allonger mes jambes…
…Détendue !
De ma première épaisseur j’ai arraché
toutes les pointes !
Et j’ai remonté mon triangle supérieur !
J’ai rabattu mon cœur vers l’intérieur.
Il s’agissait de s’appliquer !
En prenant toute la hauteur,
J’ai obtenu..
Dans le poitrail, un éventail !
J’ai retourné ma vie.
C’est pas maintenant que ça finit !
Je me le suis répétée
et ça …avant la nuit.
J’ai remonté la branche en direction de la partie supérieure
Tout ça, figurez vous ,
en pliant tout vers l’intérieur !
J’ai fait la même chose à gauche et par devant,
et puis aussi le soir et un peu en avance !
J’ai fait plier toutes les branches avec les anges.
Et puis, enfin,
Sans faire de pli,
Je t’ai souri.

 

                                               Astrid Shriqui Garain , 09.2012

mardi 24 avril 2012

les neuf consciences du malfini, de Patrick Chamoiseau

 

 


 

«Les neufs consciences du malfini» de Patrick Chamoiseau nous conte le Vivant.
Avec grand Art, l'auteur nous chante l'hymne de la Vie.Le marqueur de mots balise un grand chemin.
Mouvements, couleurs, sons et parfums du monde se mélangent et se chevauchent sur la palette de Patrick Chamoiseau.
Nous allons suivre les saisons du royaume de Rabuchon, un petit territoire, en Martinique. Micro cosmos ?... A qui ne saurait pas y regarder de plus près... peut être... Mais approchons nous un peu, l'auteur nous y invite. ...L'âme du cosmos y palpite.
Et du dénouement des drames qui se jouent sur ce lopin de terre, en résultera la survie de tous : arbres, fleurs, insectes, vermisseaux, poissons, oiseaux, tout ce qui rampe, grimpe, vole, marche, éclot, bourgeonne, bruit, nage,rampe, ou s'écoule.
Le malfini, cet oiseau rapace, jusque là intégralement livré à son immémoriale conscience emplie d'une rage arrogante , d'une violence viscérale, d'appétits vains et guerriers, se retrouve face à l'insupportable, à l'incompréhensible : Foufou, un petit colibri, vit «au delà» de son alaya ( inconscient collectif) , il entend, goûte, touche, regarde, respire le monde qui l'entoure. Il écoute les migrants venus de terres lointaines dire que là bas le monde se meurt déjà. Il voit les fleurs se faner, il entend le silence pétrifier Rabuchon, il palpe les corps des abeilles mourantes, il goûte à l'amertume soudaine des nectars, il sent que la vie quitte un peu plus chaque jour la terre.
Il va alors employer toutes ses forces, faire appel à toutes ses facultés pour sauver ce monde.
L'effet colibri va opérer. L'intention sera la pièce maîtresse de ce sauvetage. Il transmettra l'intention à tous. Une aile de colibri peut faire refleurir une montagne.
Le malfini va à ses côtés quitter la chrysalide de son animalité pour naître et apparaître au Vivant.
D'un malfini qu'il s'obstinait à être, le rapace va par l'observation de cet étrange oiseau de paradis, apprendre et va peu à peu s'élever à sa neuvième conscience. La conscience de faire partie intégrante du Tout, en étant plus que jamais totalement lui même.
Il est n'est réellement vivant que par la magie d'être «Un» parmi, mais surtout avec les autres.
Tous les autres. Toute unicité doit être reconnue pour permettre à tous de saisir l'ainsité de la vie : l'amala. Rien n'est vrai, tout est vivant ( Édouard GLISSANT).
Un livre initiatique, et prophétique. Un appel à notre vigilance. Nous ne pourrons rester en vie que si nous acceptons d'éveiller et d'élever, en chacun d'entre nous, toutes nos consciences.
Patrich Chamoiseau adresse une de ses trois dédicaces à Pierre Rahbi ( Association Colibris)
Retrouvez aussi la légende du colibri en dessin animé ! Elle est racontée (en anglais) par Wangari Maathai, première femme africaine à avoir reçu le prix Nobel de la paix pour son engagement en faveur de l'environnement.




Astrid SHRIQUI GARAIN, lecture avril 2012

mercredi 18 avril 2012

La poétique de l'espace de Gaston Bachelard

 


La poésie est un monde, et, qui dit monde dit espace dans lequel évolue ce monde.


" L'image poétique n'est pas l'écho du passé, C'est plutôt l'inverse : par l'éclat d'une image, le passé lointain résonne d'échos". 

Bachelard étudie la phénoménologie de l'espace poétique. Quelles sont ces images que voit, entend et nous dit le poète ?

 Par quel chemin ces images résonnent-elles en nous comme images universelles? Comment ce dedans de l'être peut il être extraordinairement si proche du dehors connu, su, ressenti de tous ?

 Cave, grenier, porte, lampe, coquille, armoire, nid. Comment mais aussi pourquoi ces objets, ces espaces réels et présents appartiennent-ils si fortement au monde imaginaire, à l'espace de la rêverie ?

 L'esprit est espace et c'est par nos sens, notre perception, que nous voyons le réel. 

Existe t il réellement une frontière entre ces deux mondes, le réel et l'imaginaire?

 " le poème tisse le réel et l'irréel".

 Un livre essentiel pour ceux qui se rendent au terre poétique, mais également pour ceux qui y vivent intensément.

 Le dehors n'est que la résonance du dedans.
 

"L'être est tour à tour condensation qui se disperse en éclatant et dispersion qui reflue vers un centre".

 

Astrid Shriqui Garain , lecture avril 2012 

 

 

mercredi 16 mars 2011

En qui je vis

 

Flamme en femme
Promesse de braise
Quittant la glaise
Force de louve
Au regard d’acier
Qui se donne à vivre
Aux accords du monde
Aux portes du destin
Aux traces du silence
Au murmure du temps
Transe et danse ,qui s’élance

 

Femme de l’attente et du retour
Maîtresse de l’autan
Femme d’écume et de la brume,
De l’encens et de la dune.
Femme de jade et de la nacre,
Femme des sources
Femme berceau.

 

Mais femme en flamme
Pour recouvrir de cendre
Les terres de son ventre
Pour renier l’évidence
L’éther de sa chair
Pour mutiler son âme
Émasculer ses entrailles
Plaine labourée
Bannie, honnie
Pillée, brisée, ravagée,
Possédée, emmurée,
Femme de larme.
Bétail au cœur des batailles
Femme du dernier cri
Femme alibi ou à l’envie
Des carreaux des mines
Aux portes des usines
Sa vie se réduit

 

Mais flamme en femme
Qui déchire le voile
Ventre qui palpite
Lumière entre ses mains
Force et rage dans ses reins
Ceinte de la vague de ses seins
Femme de l’âtre et du sarment
Aux volutes cambrées
Au souffle apaisant
Aux odeurs du monde
Âme des steppes, et du névé

 

Prêtresse au cœur de d’aubier
Femme du murmure et du secret
Femme saline, femme de Lune.
Femme miel et de cannelle
Femme pardon, femme ballon.

 

Mais femme en flamme
Dans un buisson ardent
Femme gibier du pénitent
Femme fardeau, femme fagot
Enchaînée, battée, sanglée.
Femme du drap
Femme coupée, cloîtrée
Fendue, cachée
Maudite et répudiée
Domestiquée, décervelée
Marquée du sceau de l’infamie
Rejetée des autels pour son sang
Impure et triste soumise
Esclave aux milles tribus
Des hauteurs de l’Oural
Au golfe du Bengale
Sa peine est éperdue.

 

Mais flamme en femme
Aux racines immortelles
Au tendre silence
Animal survivant
Sauvage, tendre et haletant
Au ventre mouvant
Au cœur des vents
Gardienne des pierres
Nomade du mystère
Flamboyante, rugissante
Abondante, indulgente
Tendre et caressante
Vrille de la vie qui bénit chaque pluie.
Flanc qui frémit lorsque vient la nuit.

 

Mais femme en flamme
Bâillonnée , enchainée
Oubliée, sacrifiée
Verroterie de cabaret
Outragée, grimée,
Poupée cousue,mille fois vendue,
Mille fois bradée, soldée, démarquée
Travestie, fardée, échangée
Consommée, numérisée
Mise en joue et puis en cage
Corps en grillage
Les yeux en soupirail
L’espoir en cave.
Femme carmel, femme chamelle
Du devoir et du non sens
Déformée, distendue, battue
Accusée, lapidée,
Femme partie en fumée.
Affichée, décollée, déchirée.
Femme plastique, lisse et clonée
Du trottoir au caniveau
Du harem ou de Harlem
Sa chair n’est que lambeau.

 

Mais flamme en femme
Femme brasier,
Femme fontaine,
Femme souterraine,
Femme du galbe et de la courbe,
Femme ronde et pleine,
Femme du soupir et du désir,
Femme folie et du plaisir,
Difficile et insoumise,
Femme repère,
Femme tempête,
Femme tanière,
Femme du don et du germe,
Femme du verbe et de mes rêves,
A la sève troublante,
Aux gestes lents,
Femme compas, femme fanal
Femme bourgeon ou fille de Sion.

 

Mais femme en flamme
Succube échevelée
Vouivre de la tourbe
Femme du souffre et du pêché
Femme fenêtre, moucharabieh
Femme linceul,
Femme bûcher
Femme du deuil
Sous des verrous d’acier,
Calibrée, encliquetée,
Vitriolée, violée, bitumée,
Femme défoncée,
Tenue en respect.
Des temples de Petra
Aux caves de Bondy
L’enfer est infini.

 

Mais flamme en femme
Roseau d’éternité
Gardienne des délices
Grain d’or et de vermeille
Femme de l’ambre et de la perle
Femme des mots et des merveilles
Femme fière et mère guerrière
Femme de l’argile et du safran
Femme d’osier et de l’argan
Femme grenier, femme panier
Promesse de l’aube
Récit de toutes nos vies
Femme mémoire, femme défi
En espérance quand vient la nuit
En qui rien ne se tarit.

 

Femme en qui je vis.

 

Astrid Shriqui Garain - mars 2011-

 

Extrait du recueil « Ynys Avallach »,
Les éditions du Littéraire – La bibliothèque de Babel
juin 2014 – ISBN-13 : 978-2919318223

Texte paru dans l’anthologie de la poésie humaniste, « LES AMIS DE THALIE », 1er trimestre 2015
« LA POESIE POUR ETENDARD » Tome 15, année 2015
ISSN 1274-3240

Les bignoles de l'info

 


Tunnel d’espace temps – 2004 de Wang Du. 


Des infos chocs,
Des photos glauques,
Des mots qui frappent,
Des idées claques !
Des unes sans les autres,
Et tous les autres à la une.
Papier journal
Infos canal
Radio scories
Des mots clavier
Cocotes papier glacé
Très Informés
Très Alertés
Jamais instruits
Déconcertés !
Nous sommes les belles bignoles de l’info,
Concierges de la terreur qui vient d’ailleurs,
Vaguemestre de toutes nos peurs.
Infos rafales
Papier d’alarme
Radio corbeau
Des mots gratuits
Au net invendu.
Très au courant !
Très révoltés !
Pas concernés…
Trop débordés.
Les nouvelles s’échangent
Les drames se troquent
Et puis des fois on les déforme.
Et puis souvent on les oublie.
On se chuchote mille morts,
On en déduit, on se prédit,
On tremble de si loin….
On en frémit peut être pour rien.
Très Informés
Très Alertés
Jamais instruits
Très soulagés
On est, ma foi, si bien !
On aboie avec les chiens !
On prend l’info
Subito.
Bel écho !
Rapido,
Quel soulagement !
Dans le journal ?
Nous n’y sommes pas!
Nous voilà très rassurés.
Là bas, au loin, ça gronde ?…
Mais pourquoi ne pas devenir blonde ?…
Les pourquoi on n’en veut pas !
Les après sont périmés.
Mais y a quand même un truc
Qu’il faut bien vérifier :
On cherche son nom parmi
la liste des disparus, des pas vernis
Des loquedus, et des vaincus.
Non ! Tout va très bien :
Ce matin, mon nom est inconnu !
Quel soulagement !
Je n’y suis pas !
La bignole est dans sa loge
« Merci de bien vouloir vous annoncer !
Ici on a le gaz à tous les étages !
Parait qu’au sud ça déménage !
Parait qu’à l’est ça enrage,
Parait qu’au nord y a du chômage,
Parait qu’à l’ouest ça encage.
Et puis Paris va à la plage…
Et puis les soldes c’est à la page.
Tirez la porte s’il vous plaît.
Pensez à la lumière dans l’escalier. »
Très Informés
Très Alertés
Jamais instruits
Très soulagés
Des infos chocs,
Des photos glauques
Des mots qui frappent
Des idées claques
Des unes sans les autres
Et tous les autres à la une.
Alors aux premières loges,
Tu vas encore t’en griller une.
« Essuyez vous bien les pieds !
Dehors… çà va rincer !
Il faut se tenir bien informé
Pour ne pas avoir les pieds mouillés ! »

Astrid Shriqui Garain, mars 2011 

 

On remplit tout

 


"Each Line One Breath "de John Franzen

 

On remplit tout.
Tant de rien pour si peu.
Nos agendas et nos grandes poches,
Nos silences et les absences.


Les hommes ont peur du Vide
Mais la Nature, elle… ça lui convient.


Souvenirs en mémoire
Mille photos myopie
Offertes à d’innombrables faux amis


On remplit tout.


Tout ce qui risquerait de faire écho,
Ce qui laisserait au hasard le rôle de maestro.
On bourre les sacs et les cabas,
Peu importe le poids.
Accusés de réception
Aliénés sous caution


Les hommes craignent le Vide
Mais la Nature elle.. en a besoin.


Alors on parle à tordre la raison
Alors on vit trop vite et à travers
On remplit tout,
Les rides et les penderies,
Nos bas de peine, jusqu’à l’auge du chat.
On échange tant de biens pour trop de Mal.
On décharge nos vies pour recharger nos batteries.
Tant de réserves et si peu d’hivers…
Si peu de Souffle pour une si grande traversée.


Les hommes méprisent le Vide,
Mais la Nature elle… n’oublie jamais de respirer.

 

Astrid Shriqui Garain , mars 2011

 

175 pas

 

175 pas
Et la lumière s’éteindra.
De toi à moi
Et la nuit reviendra.
De moi sans toi,
Que revienne le monde d’en bas

 

Je sais déjà toutes les ombres,
et j’en connais toutes leurs odeurs,
Leur moiteur, leurs mensonges, et leurs rires,
Leurs gestes restreints et leurs mots trop simples
Mais je me vois enfin maître de leurs terreurs
Depuis que je sais , à présent,la lumière.
Maintenant invincible, et à jamais hors ma place,
Que m’importe leur murmures et leur cris!
Que m’importe les dédales et les puits!
Que m’emporte ces évidentes ténèbres!
Je peux sans crainte embrasser leurs masques en plein face
Et m’écorcher contre leurs mille humides parois de suie.

 

J’ai vu la lumière et j’emporte tout avec moi.
Un éphémère éclair m’a offert mon éternel enfer.
Délicieuse brûlure témoin d’un impromptu transfuge

 

175 pas
Et la lumière s’éteindra
Je ne redouterai plus le froid .
Je n’avais vraiment que toi
Et c’est à eux que je me livre sans effroi

Ils me reconnaîtront, me fêteront
Ils sauront mes silences
Et m’accompagneront.
A défaut de me garder en vie
J’y perdrai toute raison.

 

175 pas
Et la lumière s’éteindra
175 pas…
J’y suis déjà.

 

En l’ultime nuit de ce temps
Sache que de te savoir hors d’ici
Ne me fera plus craindre le pire.
175 pas….
Au premier matin de ton temps
Ne m’oublie pas.

 

       Astrid Shriqui Garain . 

 

SKAÏ

 

Et attend l’heure qui viendra.
A la femme emplumée il crache sa fumée,
et réanime le serveur aux gestes éculés.
Odeurs de cendres, et de papier,
Cri du skaï, et battement du chambranle.
Vers le fond de la salle, voilà l’heure qui s’avance.
La ville ose bien entrer, mais elle se met à murmurer.
La ville ralentit, s’assoit, se laisse aller.
Elle se tait, dépose ses banalités sur la banquette d’à côté.
Trois carreaux noirs pour deux carreaux blancs.
Voilà un sol qui mériterait d’être écouté.
Le cendrier jaune est plein de secondes en danger.
Au fond dans la salle il ne nous reste plus qu’à espérer.
Et puis laissons cette heure tapiner à la vapeur.
Le compteur tourne et s’emballe au carrefour des étoiles.
La ville est trempée de son espoir à ses pieds.
Il jette toute sa monnaie,
La maison ne fait plus crédit.
Les nues lui font pitié.
Il s’extirpe des ressorts de la banquette mordorée,
recule jusqu’à la porte ,
et pousse une affiche d’une expo en chantier.
Il lui faudra traverser le boulevard.
Les mouettes se regroupent pour danser.
Alors le long du canal il évitera de se noyer.
Un bal perdu est si vite arrivé.
Il siffle la prochaine heure qui se déhanche
sur le pont de la péniche d’un hollandais.
Il lui jette des carrés de pensées.
La fluviale est en cale sèche,
et alors ?.. ça lui fera les pieds.
Le soleil, lui , installe son chevalet.
La ville racole sur les quais.
Il s’étire et s’installe pour rêver…
Sur les îles Wadden, le ciel n’arrête pas de chialer,
mais au fond de la salle, il y a deux bières et trois baisers.
Ébouriffés, ils s’amusent à se dessiner.
Au fond de la salle, ils ne voient pas les heures passer.
Il sourit.
La ville se retire sur la pointe des pieds , ses godasses à la main,
Une journée de turbin ça donne envie d’aller se rhabiller.
Il dort.
Bah! Le soleil rentrera en tramway.
Et si demain, le temps le permet, il reviendra peindre sur les quais
Au fond de la salle, seul et bien las,
Au fond de la salle, il boit comme il se noie,
Et attend l’heure qui viendra.
A la femme emplumée il crache sa fumée,
et réanime le serveur aux gestes éculés.
Odeurs de cendres, et de papier,
Cri du skaï, et battement du chambranle.
Vers le fond de la salle, voilà l’heure qui s’avance.
La ville ose bien entrer, mais elle se met à murmurer.
La ville ralentit, s’assoit, se laisse aller.
Elle se tait, dépose ses banalités sur la banquette d’à côté.
Trois carreaux noirs pour deux carreaux blancs.
Voilà un sol qui mériterait d’être écouté.
Le cendrier jaune est plein de secondes en danger.
Au fond dans la salle il ne nous reste plus qu’à espérer.
Et puis laissons cette heure tapiner à la vapeur.
Le compteur tourne et s’emballe au carrefour des étoiles.
La ville est trempée de son espoir à ses pieds.
Il jette toute sa monnaie,
La maison ne fait plus crédit.
Les nues lui font pitié.
Il s’extirpe des ressorts de la banquette mordorée,
recule jusqu’à la porte ,
et pousse une affiche d’une expo en chantier.
Il lui faudra traverser le boulevard.
Les mouettes se regroupent pour danser.
Alors le long du canal il évitera de se noyer.
Un bal perdu est si vite arrivé.
Il siffle la prochaine heure qui se déhanche
sur le pont de la péniche d’un hollandais.
Il lui jette des carrés de pensées.
La fluviale est en cale sèche,
et alors ?.. ça lui fera les pieds.
Le soleil, lui , installe son chevalet.
La ville racole sur les quais.
Il s’étire et s’installe pour rêver…
Sur les îles Wadden, le ciel n’arrête pas de chialer,
mais au fond de la salle, il y a deux bières et trois baisers.
Ébouriffés, ils s’amusent à se dessiner.
Au fond de la salle, ils ne voient pas les heures passer.
Il sourit.
La ville se retire sur la pointe des pieds , ses godasses à la main,
Une journée de turbin ça donne envie d’aller se rhabiller.
Il dort.
Bah! Le soleil rentrera en tramway.
Et si demain, le temps le permet, il reviendra peindre sur les quais
Au fond de la salle, seul et bien las,
Au fond de la salle, il boit comme il se noie,
Et attend l’heure qui viendra.
A la femme emplumée il crache sa fumée,
et réanime le serveur aux gestes éculés.
Odeurs de cendres, et de papier,
Cri du skaï, et battement du chambranle.
Vers le fond de la salle, voilà l’heure qui s’avance.
La ville ose bien entrer, mais elle se met à murmurer.
La ville ralentit, s’assoit, se laisse aller.
Elle se tait, dépose ses banalités sur la banquette d’à côté.
Trois carreaux noirs pour deux carreaux blancs.
Voilà un sol qui mériterait d’être écouté.
Le cendrier jaune est plein de secondes en danger.
Au fond dans la salle il ne nous reste plus qu’à espérer.
Et puis laissons cette heure tapiner à la vapeur.
Le compteur tourne et s’emballe au carrefour des étoiles.
La ville est trempée de son espoir à ses pieds.
Il jette toute sa monnaie,
La maison ne fait plus crédit.
Les nues lui font pitié.
Il s’extirpe des ressorts de la banquette mordorée,
recule jusqu’à la porte ,
et pousse une affiche d’une expo en chantier.
Il lui faudra traverser le boulevard.
Les mouettes se regroupent pour danser.
Alors le long du canal il évitera de se noyer.
Un bal perdu est si vite arrivé.
Il siffle la prochaine heure qui se déhanche
sur le pont de la péniche d’un hollandais.
Il lui jette des carrés de pensées.
La fluviale est en cale sèche,
et alors ?.. ça lui fera les pieds.
Le soleil, lui , installe son chevalet.
La ville racole sur les quais.
Il s’étire et s’installe pour rêver…
Sur les îles Wadden, le ciel n’arrête pas de chialer,
mais au fond de la salle, il y a deux bières et trois baisers.
Ébouriffés, ils s’amusent à se dessiner.
Au fond de la salle, ils ne voient pas les heures passer.
Il sourit.
La ville se retire sur la pointe des pieds , ses godasses à la main,
Une journée de turbin ça donne envie d’aller se rhabiller.
Il dort.
Bah! Le soleil rentrera en tramway.
Et si demain, le temps le permet, il reviendra peindre sur les quais

Au fond de la salle, seul et bien las,
Au fond de la salle, il boit comme il se noie,
Et attend l’heure qui viendra.
A la femme emplumée il crache sa fumée,
Et réanime le serveur aux gestes éculés.
Odeurs de cendres, et de papier,
Cri du skaï, et battement du chambranle.

Vers le fond de la salle, voilà l’heure qui s’avance.
La ville ose bien entrer, mais elle se met à murmurer.
La ville ralentit, s’assoit, se laisse aller.
Alors, elle se tait, dépose ses banalités sur la banquette d’à côté.
Trois carreaux noirs pour deux carreaux blancs.
Voilà un sol qui mériterait d’être écouté.
Le cendrier jaune est plein de secondes en danger,

Au fond dans la salle il ne nous reste plus qu’à espérer.
Et puis laissons cette heure tapiner à la vapeur.
Le compteur tourne et s’emballe place de l ‘Étoile.

La ville est trempée de son espoir à ses pieds.
Il jette toute sa monnaie,
La maison ne fait plus crédit
Il est des nues qui font pitié.

Il s’extirpe des ressorts de la banquette mordorée,
Recule jusqu’à la porte ,
Et pousse une affiche d’une expo en chantier.
Il lui faudra traverser le boulevard.
Les mouettes se regroupent pour danser.
Alors le long du canal il évitera de se noyer,
Un bal perdu est si vite arrivé.

Il siffle la prochaine heure qui se déhanche
sur le pont de la péniche d’un hollandais.
Il lui jette des carrés de pensées
La fluviale est en cale sèche,
Et alors ?.. ça lui fera les pieds.
Le soleil, lui , installe son chevalet.
La ville racole sur les quais.

Il s’étire et s’installe pour rêver…

Sur les îles Wadden, le ciel n’arrête pas de chialer,
Mais au fond de la salle, il y a deux bières et trois baisers.
Ébouriffés, ils s’amusent à se dessiner.
Au fond de la salle, ils ne voient pas les heures passer.
Il sourit.
La ville se retire sur la pointe des pieds , ses godasses à la main,
Une journée de turbin ça donne envie d’aller se rhabiller.
Il dort.
Bah! Le soleil rentrera en tramway.
Demain si le temps le permet, il reviendra peindre sur les quais.

Texte publié dans la revue de poésie « CE QUI RESTE » le 23 mars 2015
cequireste.fr

Au fond de la salle, seul et bien las,
Au fond de la salle, il boit comme il se noie,
Et attend l’heure qui viendra.
A la femme emplumée il crache sa fumée,
et réanime le serveur aux gestes éculés.
Odeurs de cendres, et de papier,
Cri du skaï, et battement du chambranle.
Vers le fond de la salle, voilà l’heure qui s’avance.
La ville ose bien entrer, mais elle se met à murmurer.
La ville ralentit, s’assoit, se laisse aller.
Elle se tait, dépose ses banalités sur la banquette d’à côté.
Trois carreaux noirs pour deux carreaux blancs.
Voilà un sol qui mériterait d’être écouté.
Le cendrier jaune est plein de secondes en danger.
Au fond dans la salle il ne nous reste plus qu’à espérer.
Et puis laissons cette heure tapiner à la vapeur.
Le compteur tourne et s’emballe au carrefour des étoiles.
La ville est trempée de son espoir à ses pieds.
Il jette toute sa monnaie,
La maison ne fait plus crédit.
Les nues lui font pitié.
Il s’extirpe des ressorts de la banquette mordorée,
recule jusqu’à la porte ,
et pousse une affiche d’une expo en chantier.
Il lui faudra traverser le boulevard.
Les mouettes se regroupent pour danser.
Alors le long du canal il évitera de se noyer.
Un bal perdu est si vite arrivé.
Il siffle la prochaine heure qui se déhanche
sur le pont de la péniche d’un hollandais.
Il lui jette des carrés de pensées.
La fluviale est en cale sèche,
et alors ?.. ça lui fera les pieds.
Le soleil, lui , installe son chevalet.
La ville racole sur les quais.
Il s’étire et s’installe pour rêver…
Sur les îles Wadden, le ciel n’arrête pas de chialer,
mais au fond de la salle, il y a deux bières et trois baisers.
Ébouriffés, ils s’amusent à se dessiner.
Au fond de la salle, ils ne voient pas les heures passer.
Il sourit.
La ville se retire sur la pointe des pieds , ses godasses à la main,
Une journée de turbin ça donne envie d’aller se rhabiller.
Il dort.
Bah! Le soleil rentrera en tramway.
Et si demain, le temps le permet, il reviendra peindre sur les quais

L'amer

 


J’ai pris la mer,
Traversé le désert
Effleuré la montagne,
Caressé la vallée,
Découvert le marais,
Croisé une rivière,
Longé mille remparts
Et tutoyé le caniveau.

Je suis en marche vers vos rives,
Il faut survivre avant de pouvoir vivre.
Manger, dormir et repartir sont mes épines.
Je ne fais pas le malin,
Je ne suis qu’un humain.

Je me suis tapi dans les fossés
J’ai rampé, le dos trempé
Les lèvres gercées.
J’ai connue la faim
J’ai fait taire ma peur
J’ai serré les poings.
J’ai connu le froid et les menteurs
J’ai attendu la nuit et redouté le jour.

Je suis en marche vers vos rives,
Il faut survivre avant de pouvoir vivre.
Manger, dormir et repartir sont mes épines.
Je ne fais pas le malin,
Je ne suis qu’un humain.

J’ai parcouru la plaine.
J’ai défié toutes les lois de la gravité
et celles de votre bonté.
J’ai fui les voleurs
J’ai tendu la main,
Lever le bras pour éviter les coups,
J’ai fui, couru, cœur à terre et ventre vide
Je connais l’attente et le silence.
J’ai redouté l’oubli.

Je suis en marche vers vos rives,
Il faut survivre avant de pouvoir vivre.
Manger, dormir et repartir sont mes épines.
Je ne fais pas le malin,
Je ne suis qu’un humain.

J’ai maudit le ciel et béni des hommes
Je connais l’odeur des quais
L’angoisse des soutes,
Le râle des cargos,
J’ai enlacé l’acier des essieux
J’ai oublié mes frères pour sauter les barrières
J’ai égaré mon âme pour passer la frontière
J’ai caché ma peur devant vos cerbères.

Je suis en marche vers vos rives,
Il faut survivre avant de pouvoir vivre.
Manger, dormir et repartir sont mes épines.
Je ne fais pas le malin,
Je ne suis qu’un humain

J’ai trimé, chargé, emballé,
Balayé, traîné et ravaudé.
J’ai bercé mes mains, et consolé ma fierté.
J’ai labouré et cueilli les fruits d’un été que m’oubliai.
J’ai dévalé les terrils. suivi des sentiers,
J’ai passé mille ponts, traversé tant de tunnels.
Dans la salle des pas perdus, je me suis fait la belle.

Je suis en marche vers vos rives,
Il faut survivre avant de pouvoir vivre.
Manger, dormir et repartir sont mes épines.
Je ne fais pas le malin,
Je ne suis qu’un humain.

Et puis un jour dans ce parc j’ai osé la regarder,
Mais j’ai du fuir les chiens que son père avait lâchés.
Alors j’ai repris le trimard, couru sur le ballast.
Je me suis dissout, fondu,
Je me suis lové dans la brume
J’ai avalé tant de poussière.
J’ai marché contre le vent, et j’ai parcouru les dunes.
J’ai tenté le tout pour le tout,
J’ai marché coute que coute,
J’ai tenu la cadence envers et contre tout.

Je me suis réfugié dans une jungle de cartons.
Je me suis battu pour une bâche de nylon,
J’ai apprivoisé les poux et les morpions.
Je n’ai plus de nom, moi qui n’ai plus de frères
Je n’ai que l’enfer moi qui ne reverrai jamais ma mère
Mais ils m’ont attrapé comme une mouche dans un filet
J’ai levé les bras et suivi les gendarmes.
Maintenant je suis en rétention.
Et derrière la grille j’invente mon évasion.
Rien ne m’arrêtera, je suis cheval fuyant le feu de la plaine.

Je suis en marche vers vos rives,
Il faut survivre avant de pouvoir vivre.
Manger, dormir et repartir sont mes épines.
Je ne fais pas le malin,
Je ne suis qu’un humain.

J’attends les serres qui me jetteront hors de vos terres.
Mais savez vous que la cendre étouffera mes pas
lorsque je marcherai vers mon village qui n’est plus que cimetière?
Savez vous que là bas que je n’aura pas le choix?
Parce qu’il faut survivre avant de pouvoir vivre.
Je suis humain alors ne faites pas les malins.
La misère est un fleuve,
Que rien ne peut contenir.
Alors demain je reprendrai la mer,
Et traverserai le désert.
Parce que le fleuve retourne toujours à la mer
Parce qu’une vague n’est jamais la dernière.
Je suis en marche vers vos rives.
Pour enfin tenter de vivre.

 

        Astrid Shriqui Garain,  2011

DIS

 

Dis un truc, n’importe quoi.
Dis moi un truc important …

- Un truc comment ?

Un truc qui nous rend autrement
Un truc qui change la rive
Un truc joli, même très petit…
Mais un truc qui rend tout différent…

- Un truc marrant?

J’me fous que ça soit marrant!
Un truc…là tout suite!
Un truc qui chassera le pire.

- Tout suite?

Ouais maintenant!

- Bon... un truc,  comme ….:
Avant toi,  c’était pas important!

C’est tout ce que tu as dans tes filets?
J’arrache ma dérive et tu me montres le quai.

- Elle est pas mal celle là !
C’est un peu grand! ...C’est pas si souvent…!

On s’en fout du moment
C’est là, c’est maintenant,
Putain j’ t’en prie!!!
Cherche un truc important !
Un truc pour survivre!
Un truc qui met les genoux en glaise,
Les mains contre la peur,
Et qui éventre le ciel!
Un truc que tu vomis et qui jaillit
Un truc qui pourfend et qui nous brûle
Un truc que te met la peau à l’envers

- un cri?

Non, un truc qui te fait présent,
Même si c’est violent !
Qui vibre et qui résonne
Qui brille et qui rayonne

- J’arrive même
pas à te faire rire…
Et puis c’est quoi….
important?

C’est comme le silence,
C’est la danse du sang
C’est l’amnésie du vide
C’est ta chair qui se déchire
Et puis le souffle d’un murmure.
Dis moi un truc important
Dis le maintenant!!

- Allez viens!
  Je t’attends.

 

Astrid Shriqui Garain,  2011.

En dehors du dedans

 

Je pense dos mais je sens voile
Je vois soleil mais je touche océan
Je dis bonjour mais écoute la nuit

Tout n’est que songe de l’âme

Je prends la route mais écarte le feuillage
Je cours en toute hâte mais regarde la dune de sable
Je meurs de soif mais me cogne contre cage.

Tout n’est que fantôme de l’âme

Je goute bonheur mais observe le drame
Je proclame mais tends l’oreille d’un âne
Je vis dehors mais palpite en dedans

Tout n’est qu’illusion

Lorsque je nais qui étais je en réalité ?
Lorsque que je mourrai la terre se mettra-t-elle à tourner ?
Je goûte le sel mais me consume sur l’asphalte
Je tremble mais écoute le fracas de l’orage

Tout n’est que chimère
Si je disparais ici
Quand vais je te retrouver?

Je vois tout ce ce que tu me dis
Mais découvre que tu ne me vois pas
Je respire chair mais deviens poussière

Tout est fantaisie

Absolue harmonie et désordre total
Chaos des âmes et logique infernale
Ondes de sable et murmure du temps.

En dehors du dedans
Tout est différent
En dedans du dehors
Tout est évident.

 Astrid Shriqui Garain , mars 2011