jeudi 19 mai 2016

Vrai

Photographie de Kenneth Josephson
Chicago
1976




        VRAI

Si je goûte à tes larmes la richesse des lacs,
si j’entends de ton rire venir le triomphe d’un soir,
si je sais que tes mains contiennent une enfance nature,
si je vois en juillet l’écho de tes doigts sur les pages d’un cahier,
si je sais que la nuit ne peut rien éteindre mais tout recommencer,
et si mes yeux savent tout ce que mes mots ignoraient,
c’est parce que je sens les choses comme si en moi elles venaient.

J’aimerai que les choses soient simples,

Que je ne puisse voir dans tes larmes qu’une peine,
que ton sourire ne soit qu’une adresse
que tes mains ne soient que des gestes
que tes doigts s’arrêtent là où le livre s’achève
que la nuit ne puisse nommer qu’une obscurité
et que tes yeux ne soient qu’au regard d’un jour.

J’aimerais que les choses soient simples
et qu’elles oublient parfois d’être vraies.



Astrid Shriqui Garain , mars 2015 





à quoi

Photographie Astrid Shriqui Garain  
l'ortie royale, mai 2016 


à quoi 



Un silence qui broie ses mots sur la peau
petite poudre de soi acidulée entre des veines
en rond de lampe
encre d’échine,
fauve salive entre les doigts.

Écrire comme présence en effarant l’absence.

Pour le geste comme lettre plongée dans la pupille des vents.
 
Entendre déjà renaître
et croire comme pouvoir
semer le dernier adverbe du temps.




Astrid Shriqui Garain, avril  2016 





Bateau Lumière


"Ferry" - Numérisation - Astrid Shriqui Garain - 05.2016


Bateau Lumière 


 Chemin faisant j’arrive
près de la rive où tu m’attends.
 
 On se dit et on se parle
on s’approche , on se regarde,
On s’amarre,
on se comprend.
 
Chemin laissant nos corps
ça nous trouble
à l’écorce de la bouche
ça bouge et on s’entend
 
à la ligne
tu soupires et te ressens
 
tu franchis et te respire
pur plaisir c’est un désir
Je délire et c’est brûlant
 
tes lèvres qui s’entrouvrent
sourire la fièvre que j’attends
 
Chemin doucement où l’on se croise
 
près de la rive pointent nos mots sous le printemps
 
jeu caresse et je t’embrasse 
et tout un fleuve qui nous embrase infiniment.
 
Chemin naissant .
Lape lumière qui nous reflète entre ses dents.





Astrid Shriqui Garain, mai 2016







La grande farce, Leny Escudero.



La Grande farce, Leny Escudero.




J'écris

Photographie de Jordi Colomer , "l'Avenir" ,2011. 


J'écris 



J’écris  : vous me manquez.

J’écris du geste absent,
de la parole muette,
du cierge des parfums,
de l’immobilité de la note,
de la rouille des pas,
sur une feuille de lumière
entre l’ombre du ciel et le poids de la terre.

J’écris, vous me manquez.

J’écris d’une cave sans maison,
d’un stade désert,
d’un rail envahi par le lierre.

J’écris de la cinquième saison,
du haut d’un phare sans mer,
d’une plage débordante de vagues.

J’écris de l’œil d’un bocal,
d’un chapiteau sans voile,
d’un tableau sans regard,
d’une couleur sans matière,
d’une mousse sur la pierre,
d’un navire sans étoile,
J’écris de la fougère des automnes,
de la ronce des grilles.
J’écris d’une guerre sans frontière,
de la larme d’un verre,
du bruit battant contre la pluie,
de cette peine inconnue.

J’écris.
Vous me manquez.



                                                                            Astrid Shriqui Garain , 03.2014.

 

mercredi 18 mai 2016

Triangulus

Numérisation Photo, A.S 05.2016



Triangulus 


C’est le soulèvement d’un monde qui ne sait pas comment te rêver.
Moi,  je sais. 

L’air parle de désert.
Il est dans ma terre. 
Là où j’emporte toutes mes pierres.
 
Chaque mot posé, pesé, c’est à ce sable que je viens le verser.
Dans un silence se déloge l’insensé.
 
Je te montre le ciel. 
Connais tu ma pensée ?
 
Le ciel ouvre sa main et je baise une étoile. 

La trace d’un reflet fait trembler un sommeil d’opale.
 
C’est la nuit qui dessine un corps en secret.




                                                                                    Astrid Shriqui Garain ,
                                                            08.2015

mardi 17 mai 2016

Corpus City



Corpus City


Un clown avec un cigare, huile sur toile d' Armand Henrion 


 
En toute ligne, 

des ombres déshabillent ta bouche.
 
Elles s’échappent,

s’unissent et me frôlent.



Volutes, vagues et nuages sur la peau.



D’étranges pétales s’entrouvrent au regard,
 
et je peins ,


ici, 

en blanche et douce un sourire fou,
 
sur un grand cercle,

que les ombres de leur touche 

viennent dessiner entre les signes de ta bouche.





                                                                     Astrid Shriqui Garain, 02.2016

Luna


"Les toiles" , photographie Astrid Shriqui Garain  , mai 2016

LUNA 



En bateau claque Luna débarque
sur un écran de papier mat
des grains de rire au fond de son sofa
et ses poches en regard de soie
Elle écrie un monde comme il poudroie
néon bouteille en mini bottes lilas
c’est mangrove en fol sur soi
une ville bitume puisqu’elle se dore
Luna « dégraphe » un disque vrac,
son astre pal entre ses doigts.



Astrid Shriqui Garain , 03.2016 







SENTIR LE GRISOU , Georges Didi-Huberman







SENTIR LE GRISOU  


 « se remémorer une catastrophe passée 
pour éclairer la situation présente 
sous l'angle des incendies à venir ». 

 

Sentir le grisou par Didi-Huberman
 Un monde dort les yeux ouverts et porte des œillères…
Une apnée du regard, qui refuse de battre des cils. Un regard qui ne sourcille pas,qui déclare « je veux absolument regarder » et qui ne voit plus rien.
 
« Je veux regarder ce que tu regardes, je suis ce que tu regardes, je deviens ce que tu me montres,et qui regarde comme l'autre regarde », l'air de rien, mine de rien et déverse ses mots comme on parle du fond de la nuit pour s'assurer de sa propre image.
 
Fermer quelques secondes les paupières. Couper le flot des images.
Intérioriser son regard au rythme du battement de ses paupières en composant une pensée.
La nuit comme le jour font partie du temps de l'image.
Le silence est une aube qui annonce l'aurore.
Aurore de gloire ou aurore de barbarie.
Le silence « qui fait résonner ce qu'il précède »
il ouvre l'espace nécessaire à ce qui s'en écoulera.
Il est le lien nécessaire entre ce qui n'est déjà plus et ce qui sera.
Le levier indispensable des temps.
Un point d'appui et d'ouverture, un séquenceur de mémoire,
Un jeu nécessaire pour que s'articule une pensée.
La nuit comme un silence. Le soulèvement des paupières.
Leur battement pour ne pas être ébloui, pour ne pas perdre conscience de son regard.
Création d'une mise en alerte. Un essai de mieux voir. 
Voilà déjà  : essayer voir.
Un essai, la Rabbia de PP Pasolini. Film étonnant. Montage des images. Poésie pure qui entre dans l'impureté des images. Poésie impure qui dévoile la poésie de l'image.
Parce que lecture, par champ visuel et chant des mots dialoguent. Un essayer voir. Ou plus exactement un essayer sentir.
Là est la question : comment fait on pour sentir voir venir la catastrophe, la nuit des temps ? Comme procéder à cette lecture ?
Par le montage, démontage ou plutôt par le remontage. Procéder à le relecture de ce qui nous précède et qui pourtant va ou risque de nous devancer, nous échapper.
Car l'image projette un advenir, un devenir, un advenu. L'image, le geste que contiennent les images est ce qui dans le temps nous a précédé. Avant. Avant devient le « devant » nous. C'est la puissance des images. Là où le passé devient ce qui va nous devancer, ce qui nous rattrape déjà.
Un phénomène de temps. Une presque monstruosité.
Alors rendre visible la faille, créer la rupture, composer un rythme, une autre mesure pour comprendre ce que les images, le flot ininterrompu d'images- qui ne sont pas nos gestes mais le geste de celui qui filme ou photographie, n'est pas notre rythme, et qui de ce fait impose sa syncope à notre pensée- ce que ce flot transporte et cache dans la profondeur de ses ondes.
L'essai de Didi Huberman expose un essai sentir , un essai voir venir.
Et si comme Pasolini nous étions en capacité d'opérer par nous mêmes ce que nous avons sous les yeux ? Sous les yeux, ce qui est derrière ce qui est devant nos yeux. Ce qui nous écarquille les yeux et qui nous aveugle. Ce qui nous saute aux yeux et qui nous empêche de donner un sens à ce qui nous passe par l'esprit, nous traverse l'esprit. Serait il possible de nous émanciper de l'apparente normalité des images ?
Retrouver peut être le mythe fondateur de l'humanité. La beauté de l'homme, dans sa vérité, sa réalité. Démystifier les images qu'on se voit imposer, qu l'on se laisse imposer. Remonter le temps, procéder au remontage, comme pour laisser résonner les mineras, les chants de la mine, issus de l'art du flamenco. Faire entendre ce chant, une lamentation omniprésente.
Voir l'autre -chose dans les icônes inventées. Oui, pleurer devant l'image d'une Maryline et sourire d'espoir en apercevant la force du regard d'une femme dans une colonne de réfugiés.
Savoir que Maryline est devenu un pauvre et triste mannequin sacrifié et que cette ombre sur la route est une femme qui porte en elle la beauté, l'espoir du monde.
La rage , la rabbia, du poète. Parce que le poète n'est pas désespéré, il sait qu'il n'est pas seul à voir dans le noir, il sait la richesse la fragilité de nos individualités mais il lutte constamment contre la dictature de tout individualisme global.
L'Intranquilité toujours.
Alors un appel : « Nous nous tournons donc vers notre peuple, qui est maintenant et pour toujours emporté dans le maëlstrom général, vers tous les membres de notre peuple, hommes et femmes, jeunes et vieux, qui vivent et qui souffrent, voient et entendent, pour leur crier : Devenez des historiens ! Enregistrez, notez, rassemblez des documents » Peretz ; Dinezon, Ansky 1915.
Il faut « se remémorer une catastrophe passée pour éclairer la situation présente sous l'angle des incendies à venir ».
Méfions nous de ceux qui voudraient nous refuser ce droit.
Méfions nous de ces annonceurs d'immanence catastrophique qui nous cache l'immanence d'une catastrophe.
Car «  ce qui compte à travers tout cela, c'est de reconnaître qu'il n'y a jamais une catastrophe : dans chaque moment catastrophique il y aurait la conjonction, le conflit secret ou la superposition de deux catastrophes au moins. Comme dans chaque danger il y a conjonction de deux périls au moins, dans chaque intervention politique la conjonction de deux enjeux au moins, dans chaque rythme la conjonction de deux temps au moins, dans chaque symptôme la conjonction de deux maux au moins, dans chaque phrase la conjonction de deux mots au moins, dans chaque image la conjonction de deux visibilités au moins. »
Et comment obtenir cette visibilité qui peut rendre la lisibilité ?
«  C'est le contraste, c'est la différence qui rendent les choses visibles et les rendent à leur puissance critique dans le présent de leur «  connaissabilité ».
« C'est depuis « la jeunesse » même du présent que tout passé mérite d'être cité : afin qu'il advienne incitatif ou invocatoire, c'est à dire métamorphosé en forme intentionnelle, en élaboration du futur, en nécessité d'urgence pour le présent ».
«  Sentir le grisou, comme c'est difficile.Comme c'est difficile, en effet, de savoir voir ce qui n’apparaît qu'à peine, de surprendre le frissonnement d'ailes de l’oisillon quand passe le « mauvais air »-le mauvais temps- de l'histoire. Il n'y a pas de meilleure ruse pour les catastrophes que l'apparente normalité du temps qui passe ( qui semble passer tout seul mais qui, en réalité, fait en sous-marin passer le pire). La normalité voilà ce que pointer de l'oeil Pasolini dans sont traitement sur la rabbia.
La normalité des choses. Comme si les choses allaient de soi.
Mais de qui ? Depuis quoi, vers quoi et pourquoi ? Voilà le travail du montage poético-documentaire de Pasolini.
« L'homme tend alors à s'assoupir dans sa propre normalité, il oublie de réfléchir sur soi, il perd l'habitude de se juger lui -même, il ne sait plus se demander qui il est. »
« Comment remonter tout cela pour en démonter l'idéologie dominante, qui est une idéologie de normalité. » La normalité, «  temps qui passe mine de rien ».
La rabbia del poeta, la rage du poète, ce sont ses mots ses battements de regard ses gestes, comme les plumes de l'oiseau qui au font de la mine sent venir le coup de grisou alors que les mineurs piochent et piochent encore dans l'innocence de leur labeur.
La rabbia del poeta, c'est un état d'urgence retrouvé devant l'histoire.
La rage du poète s'est faire lever un état d'urgence que veut constamment étouffer cet état de normalité.
Une rage intellectuelle. Qui ne connaîtra jamais de repos, jamais de sommeil, et qui sait que tout bonheur est le contre poids d'un malheur .
Le poète sait que « de cette division naît la tragédie et la mort ». La rabbia «  un geste de coeur et de corps ».
La rabbia est un travail journalistique, poétique, politique. Mais je pense avant tout créateur, ce qui dépasse le geste purement créatif.
Créateur, oui, parce qu'en décryptant la chorégraphie d'une danse macabre il crée également celle des lueurs.
En mettant en contact ces images d'actualité il crée leur embrasement.
Il détruit, casse rompt et par ce geste l'étincelle se produit.
Il nous rappelle la charge émotionnelle que recèlent les images, ce renflement qui contient le grisou. «  une acte d'indignation contre l'hilarité du monde bourgeois et sa conséquence même, l'irresponsabilité devant l'histoire » ( Carlo Di Carlo).
La rabbia, l'obstination renouvelée de celui qui doit adjoindre sans répit, sans repos et qui sait qu'il lui sera toujours impossible de rejoindre. La rabbia, le chant de celui qui doit s' « abjoindre ». l'ab joy, « l' abgioia ». La joie, ce chant de la nostalgie de la vie qui suractive l'amour de la vie.
«  Joie.
Mais combien inextinguible la terreur.
En mille parties du monde.
Et dans notre mémoire.
En mille parties de l'âme, la guerre n'a pas cessé.
Et même si nous ne voulons pas,
nous ne voulons pas nous souvenir,
la guerre est une terreur qui ne peut pas cesser,
dans l'âme, dans le monde. » PP Pasolini.
Faire l' épreuve, éprouver, faire sentir, faire ressentir, voilà le geste du poète.
La rabbia. un geste philosophique, poétique, une œuvre profanant le sacre illusoire de la normalité.

Astrid Shriqui Garain , lecture 11.2015 

lundi 16 mai 2016

Fol en herbe


Fol en herbe


 


 Astrid Shriqui Garain  - Port Royal des Champs ( 78 )
 






Narcisse et Echo

 

 "La métamorphose de Narcisse" - Salvador Dali

Narcisse et Écho



Je ne crois pas aux dieux parce que je sais l’homme fait de lui même,
et quand bien même si en tout homme il existait l’essence d’un dieu
alors je ne me prosternerais devant aucun homme
car je me reconnais par mon esprit et par ma forme l’égale des dieux.

Puis je croire en l’homme ou bien faire confiance aux dieux ?

Devant ce miroir, je ne crois pas qu’il existe une réponse,
et quand bien même une réponse résiderait en quelque dieu
il se trouve que la question viendrait toujours de l’homme.

Celui qui interroge a toujours plus de force que celui qui répond.

Je ne méprise aucun dieu , aucun homme,
je ne soumets personne à la question et je n’attends aucune réponse d’un dieu.

Je vois simplement en miroir la folie des hommes dans le silence de leur dieux.



Astrid Shriqui Garain
03.15


Baad


 

                                                                     BAAD 

Doit-on ajouter de l'horreur à l'horreur ? Ajouter de la nuit à la nuit ?
le néant au néant ?

Pourquoi ai-je choisi ce livre ? Moi, qui ne lis jamais de roman policier,
de thriller, moi, qui n'aime pas que l'on prenne prétexte de meurtres
pour commettre tous les crimes.

Baad c'est un peu l'air irrespirable de notre temps. Une certaine idée
phénoménale. Une remise gracieuse d'un ordre que l'on voudrait moral.
Un happy-end qui se voudrait fondamental. Une utopie peut être.

Alors pourquoi avoir choisi ce livre ?
Parce que le coeur de son histoire bat en Afghanistan.
Parce qu'il décrit l'enfer que traversent des femmes , des filles,
tous ces enfants, tous ces peuples, ces villages.
Parce qu'il me rappelle également la beauté de ce pays, malgré tout,
malgré ces innombrables guerres, le carnage, malgré le trafic de
drogue, l'esclavage des corps, malgré l'horreur fanatique engendrée
par une pseudo secte politico-religieuse de mafieux.

Non il n'était pas nécessaire d'ajouter de l'horreur à l'horreur.
Mais j'aime croire que Jehol reviendra.
Qu'il n'est pas mort, qu'il est là-bas, quelque part sur ces montagnes.
Qu'il veille sur l'esprit du Lion du Pandjchir.
Alors voilà pourquoi ce titre a retenu mon attention.
Voilà pourquoi je l'ai choisi.
Même si parfois l'action est par trop véloce, par trop évidente ,
les ficelles un peu grosses.

On voudrait croire que tout est possible. Que les méchants seront bien
les perdants. Que l'horreur s'arrêtera.
Mais est- ce là le rôle de la littérature ? Mettre de l'ordre ?
Il y a eu ,déjà, tellement, tellement de fois.
Est-ce que je demande trop ? Peut on écrire sans littérature ?
Est ce bien sur ce terrain que mes propos doivent rejoindre le propos de
ce livre ?

Ces sales guerres ne finiront qu'en décompte de faits.
Une longue, si longue liste de crimes, d'abominables méfaits.
Il fait tellement nuit qu'on ne distingue plus l'immensité du mal.

Bien sur il faudra du courage, de l'obstination, beaucoup d'espoir pour
que l'horreur s'arrête. Bien sur. Certainement.
Mais il faudrait surtout l'innocence, l'innocence de le croire.
Pour cela il faudra qu'il nous en reste, encore, ne serait ce même
qu'un peu.
Opération Masse critique, mai 2016, Babelio.

« I call. You're stone.
One day you'll look and find I'm gone. »

Landay.

http://www.poetryfoundation.org/media/landays.html


BAAD , roman, Cédric Bannel , ISBN : 978-2-221-18911-5



Astrid Shriqui Garain, lecture.

dimanche 15 mai 2016

Le monologue, Louis Calaferte




ISBN : 2070743926 - Gencode : 9782070743926


 « Pourtant il faut survivre »,..
                                            « Pourtant nous avons besoin du bonheur », 
 alors,
 « il faut voler quelques minutes au malheur », puisque ...
                                                                                « L'essentiel est cependant de vivre »
« Serait il concevable de pleurer dans le lit d'une femme aimée ? » 
alors aimer en corps, aimer sentir le souffle, comprendre le langage de ces larmes, des fleurs déposées, devant l'océan se savoir seul naufragé. 
« Personne n 'écoute »,...« personne n'a pitié »...
le monde est une araignée noire qui flotte à la surface troublante des jours de nos semaines, bruit de cuisine, amoncèlement des gestes répétés, oubliés, fatigue du quotidien et pourtant instant d'une beauté simple et sidérante.
Mots en cascades, un inventaire de soi et de tout autre, un miracle d'être en vie à l'hiver du monde.
Sept ans de deuil et s'étonner de se voir tenir tout entier dans la paume du ciel, se réveiller en solitude, fuir le cauchemar des hommes, tâter, palper le monde le prendre contre soi entre la peau et le crépi des murs.
Contraste des lignes, entrechoquement et chevauchement des bruits, des murmures de la rue , des cafés, respirer, gouter. 
Appeler.. l'enfance, chasser la désespérance du sexe, redouter le désespoir des corps, le meurtre seconde , l'abandon, l'étroitesse des pas, l'achèvement, l'inaccomplissement. 
Vivre au jour.
Revenir soudain à la beauté inconnue , à  la beauté de nos désordres qui heurtent la lassitude de nos espaces. de la pulpe pensée en un corps sage, de l'oeuf à la page, du sein au rebord de sa cage. le goût de monde tient tout entier dans notre plat. 
L’œuf déposé. 
L'ovale fécondé. 
Et voilà que « le morceau de pain crève l'oeil solaire ». 
Incrustations vibrantes du vivant dans l'inconcevable réalité du temps. 
Tailleur, orfèvre, ravaudeur du temps présent. Tout fait acte, don, douleur et mise en pièce. Inventaire de la nos frénétiques couleurs ,intrépides barbaresques , humaines infanteries. Tout est ensemble, concerto des matières, des odeurs, du ventre de la putain, au suaire du défunt, de la rage obscène de nos gueuloirs à la crépitance de nos cierges, tout peut être infiniment dit. 
C'est une chose étrange, ...la Poésie. 
Fragile et tendre transparence de l'humain. 
La langue de Calaferte nous rassure, nous touche, nous enveloppe. 
On s'y sent amoureusement, véritablement bien. 
Nous en en avons tellement besoin.
Astrid Shriqui Garain, lecture



 Dans la nuit sur la route
 

Les autres étaient là.
Ils riaient en marchant dans la neige.
Filles et garçons enlacés.
Rien n'explique de quelle façon ils ont soudain pu disparaitre.
Se sont-ils évanouis ?
Sont-ils morts dans l'ombre ?
Se pourrait il que jamais ils n'eussent existé ?
Se pourrait-il que l'imagination seule les eut inventés ?
Que depuis le début ont ait été abandonné ?
Tout alors serait faux.
Peut être n'y a -t-il ni nuit ni route.
Peut être n'y a t il nulle maison où rentrer.
Peut être personne n'est il inquiet en attendant sur le pas de la porte.
Peut être vaudrait-il mieux se laisser tomber dans la neige et ne plus bouger.
Le ciel blanc.
Épais.
Le ciel de grosse laine rêche.
Des arbres
Des profondeurs noires
Des bruissements
La nuit.
Crier serait inutile
Tout est trop loin
Trop étouffé
Il fait froid
Le corps se raidit de froid.
Les genoux font mal.
Les mains cuisent dans les poches
Personne ne viendra
Personne ne saura
Quel mal
Quelle peur
Ce qu'il faudrait attendre est trop incertain
il suffirait d'une voix
Maintenant
D'un pas sur la route
D'une voix
Des bras qui vous portent
Qui étreignent
Une chaleur
Une odeur de tabac
Pleurer
Rassuré
Être bien
Vivant


 


Ma Loute, film de Bruno Dumont



Ma Loute 


Et donc "Ma Loute" ouvre le bal. Lille, Roubaix, Tourcoing, vont à la Plage. 
Paris plage n'est pas très loin.

Travailleurs de la mer, du hauts de leurs villas les seigneurs du drap , 
du sale, du gras, parfois du chocolat .... nous contemplent !

Mais les saigneurs ne sont pas toujours ceux que l'on croit...   

On rit beaucoup, mauvais sang et tour de bois !  
Ils sont énormes, ils sont bouffons, burlesques, et vont...
 tous au Pardon, tous...du domestique au patron, du curé, au clairon.

Le Styx !  , le Styx,  mes enfants,  abreuve ces sillons.

J'ai aimé " P'tit quiquin", et j'aime "Ma Loute".
Parce que je connais les anfractuosités de ce pays. L'épaisseur de cette peau.
C'est dur, cruel, tendre, infernal, déroutant, éternel, charnel, effroyable, absurde. Bref... bêtement humain.
Et puis j'ai aimé le regard de Billie et la furie de Juliette Binoche.
J'ai aimé cette lumière, les filets de Dumont  
et le parfum de ce sable qui coulera éternellement de mes poches.

J'ai ri à en pleurer et pleuré d'en avoir tellement ri.

Voilà j'ai vu Ma Loute,  
en sortant d'là j'avo l' tète comme un chopart, 
J'in ai pri plein mes loupes. 
                                              Voilà... Ma Loute ! 


A.S



 
Ma Loute, film de Bruno Dumont ,2016
Ma Loute, film de Bruno Dumont ,2016 Photographie Copyright Roger Arpajou

Rose pêcher






 Le pêcher rose - Vincent Van Gogh, 1888


Rose pêcher

Sur une laque de lilas blancs,
le monde presse la tendresse de ses nuits 

contre le vague immense de ses mots.
 

Il se répond de couleurs et de lignes.
 

il tourne en rêves et se découvre.

ils peignent si loin ce que pleurent
les saisons.


La main donne chanson
à la bouche qui redoute sa raison.


C'est aux laques des jours que nous
pressons caresses,
C'est aux épines de nos buissons
que nous ouvrons les veines.


Il pleut si fort ce que dessine  la saison.

Si c'est de nuit que nous venons
c'est du même nom que nous allons.



Astrid Shriqui Garain 

M-L-B, le 15 mai 2016 

 


 

samedi 14 décembre 2013

GPS

 

 

 

 Ne vais non pas te dire la ligne ou plus juste le plan et puis ça le quai et renoncer ailleurs enfin demander ou alors tout déchirer et plus loin un peu traîner encore au cœur fait et puis respirer dernier arrêt le regarder la regarder les voir les entendre et puis penser à te dire oublier encore sans savoir te souvenir me tenir à la barre à une table glisser entre le mur et le bout du ticket défiler mélanger soleil en nuage entre moi poussière et toi ferraille tenir souvenir un mot un creux un son un sens un nom une bosse lécher pierre gratter mémoire reste reste papillon blanc mon oeil ne bouge pas passe en retard du bout des doigts aide moi par trou de soucis en nage passer appui debout et apprendre marcher encore mordre le ciel gravier vouloir un pas pour l’autre pas pourquoi trouver chemin le mot un son mon nom souffler buée cristal brûlé couloir lumière guide étagère bruit larme à cloche pied demander ne rien vouloir prendre avancer reprendre grille le temps pluie comprendre seulement entendre une main dans les roseaux et suivre marcher flaque à brise pied refuser passé si tôt voilà retard hagard pas trop grave allée mais si porte regard froid de cheminée sourire encore à l’ oiseau en papier parler à ses pattes d’escalier à ses plumes d’oreiller parler à l’arbre à la corbeille d’acier au miroir, à ta veste au cendrier prendre lettre dans ciseau puits tiroir pierre à mon cou oui je vais dire toute feuille sur le quai gouffre mémoire la route pavés roulés boulets jetés tout oublier maintenant vider mes chances au fond de l’évier. Me rappeler. Oui. Maintenant souvenir déplié. Ranger le silence dans la journée. 


Astrid Shriqui Garain, décembre 2013