lundi 10 avril 2017

Soleil de face


Photographie de Sarah Boutinon-Tharse, "face à la foi", ©
Saint-Sépulcre, Jérusalem, Israël, 2015.


 Si tu pousses ma porte déchausse toi de la mort. 

entre et demande moi
si le silence d'un tombeau à la valeur du ciel. 

Si tu t'ouvres à moi
c'est que que tu portes en toi
toujours une fenêtre. 


Sur l'océan de ta mémoire
l'innocence de ta sagesse
entrouvre la parole de mon berceau.

Si tu pousses ma porte
c'est que le livre des rivières
aura su te détourer de l'ignorance de la rue.

Si tu pousses ma porte
c'est que la vie nous embrasse
le soleil de face nous fera nue.
toi, moi,
...cette inconnue.


Astrid Shriqui Garain, Soleil de face,  ©

J'accorde


"sur mon village bleu", Astrid Shriqui Garain . infographie.


J'accorde à ton nom mon village montagne
une pierre de sienne et l'inconnu des ruelles
J'accorde à ton visage l'avril
cette place d'une main offerte
à tes cils d'enfants s'ouvrant sur la mer

J'accorde à ma vie ton image
recueils en rocailles
brise respire au silence d'une voie
et la lumière d'une haleine
j'accorde à mes pas les marches
d'un dôme brillant
d'une colline en regard
plongeant la poussière d'un désert dans l'océan de ma chair
J'accorde à nos corps
toutes les écorces d'un être
mille jardins-ivres d'or
renaissant à nos veines
J'accorde à cet arbre
le partir d'un hiver
chargé d'espoir
vers des îles secrètes
accrochées au possible des siècles
j'accorde à ta vie
la raison de la mienne
comme la vivance d'une lampe
posée aux bords de mes lèvres
J'accorde à cette adresse
l'espace d'un abri
comme couleur d'un fruit
née dans la nuit de sa graine.


Astrid Shriqui Garain, " J'accorde".

dimanche 9 avril 2017

les oiseaux de l'exil

Photo : siaz.



Les oiseaux de l'exil sont venus me dire le désordre de la mort.
De ma cime profane j'ai
vu de mes mots j'ai
entendu
de leur yeux j'ai
touché
de leur bouche j'ai
aimé
au bouleversement de ma chair
j'ai renversé mon ordre
et au sept doigts de ma main j'ai
vu la lumière appeler le soleil.
Ainsi, nous sommes retournés
versant du jour
sans feu
soufflant
sans heurt
riant
de cet ensemble sans peine. 



Les oiseaux de l'exil, Astrid Shriqui Garain 
 

lundi 3 avril 2017

mes yeux sont des oiseaux

Photographie de Mario Cravo Neto
Lua holding egg II - Hommage à Brancusi, 1992
silver print 40 x 40 cm .



Mes yeux sont des oiseaux. 

En de soupirs chroniques
ils s'ébattent de stupeur
et boitent à l'écoule du jour.

Ils courent tournent entendent et s'échardent
aux lueurs giratoires d'un fleuve.

Mes yeux sont des oiseaux. 

Ils piaffent leur faim à de statiques aurores ,
comme foule danse à l’aumône des couleurs. 

Ils tombent roulent et s'ouvrent
pour quelques vers pour quelque lettre
quelques morceaux de mots
miettes tombées de leur ivresse
sous licence de leurs graines. 

Échappés du thorax de la ville
mes yeux sont des oiseaux
que mon pas dessine
que mes poings décrivent
et que l'espace décalibre. 

Astrid Shriqui Garain, "mes yeux sont des oiseaux. "
 

de l'aube jusqu'au moulin


Texte sur une aquarelle de Marcel Renaud

lundi 27 mars 2017

V heures

 "V heures" . Infographie. Astrid Shriqui Garain 



V heures . 
La nuit est encore 
la voiture s'avance . 
Face au théâtre elle s’arrête.

V heures. la nuit est encore. 

Une femme s'en sort. 
De ces V heures, à sa tête le jour lui donne la pièce. 
V heures pile et l'enfant sort. 

A peine si elle marche 
elle bringuebale son corps. 
Une femme pose sur la dalle l'enfant qui ne dort pas. 
V heures. la nuit est encore .

Elles marchent. 
L'une se dévissant de l'autre. L'autre se hisssant à l'une. 
Toutes deux différentes de leur sort. 
Toutes deux détournées de même nuit. 

V heures. 
La ville est toujours 
mais en corps 
la ville baisse un regard. 

Leurs volumes cherchent la lumière. 
Attendue par une ombre, elle saisit deux inconnues. 

V heures cinq. 
la nuit est encore . 
Faces au théâtre, la voiture repart et brouillonne une façade. 

Là, ici, encore rien ne sonne.




                                             "V heures" , Astrid Shriqui Garain






vendredi 24 mars 2017

trompe de lune



"Trompe de lune", infographie, Astrid Shriqui Garain
                                                                             

Un rayon trompe de lune posé sur le bord d'un trottoir
d'un appel , d'un néon, d'une grille,
plus loin
d'une affiche
Plus haut
d'un murmure
Plus bas
c'est un mur.

La ville revient croire
Elle a quatre heures
le carré dans son astre pointe son quart
à chaque témoin du soir se nouent les retors de l'histoire.

D'une caresse d'orage dans un canal de mémoire
tu viens planter un doigt dans l'oeil du monde
qu'il tombe qu'il roule qu'il s'ouvre
un peu plus loin
un peu plus bas
et puis il fermera sa chambrée sans doute.
Une lampe lui servira de source.

Tomber du puits
à demi jour et tour à tour
et de ses dents sur le carreau
un voyage de commerce creuse sa route
il repointe la mine.
Son rail dessine sa bouche
ta parole se réglisse
se glisse,
se lisse...
Marche de pieds
Bon jour en chaussée
le soir en poing de côté
Ton œil pioche sa monnaie

Tu n'as pas idée de la nuit
Ni de sa place,
ni de son île
La penser serait un peu l'aimer

Ton œil s'est fermé
il tourne autour du vide
comme cette pièce de monnaie.
Il n'écoute rien de la musique

De tes mains tu parles de hasard.
et de tes rêves…de tes rêves ?
Qui peut vraiment savoir sans se douter ?


                                                   Astrid Shriqui Garain., Trompe de lune

jeudi 23 mars 2017

"Il fallait bien qu'un visage ", Paul Eluard


"Ma palette",  Infographie, Astrid Shriqui Garain

" Il fallait bien qu'un visage réponde à tous les noms du monde " 

Paul Eluard. Capitale de la douleur.












jeudi 9 mars 2017

De grande Blesse

"Pripiat - Ukraine - Piano abandonné ", Les enfants de Tchernobyl, livre DVD.



Je reviens de grande Blesse.
J'ai élevé mon corps à sa dureté, à ses aspérités.
À ces larmes double-plancher qui font craquer toute victoire prononcée.

J'ai quitté son antre
et reviens pourtant coudre certaines nuits sous son adresse.
Je sais le lieu inhabitable.
J'y retrouve portant,
un assez de place pour m'y laisser tomber.

J'y reviens, croyant toujours aux mirages, et dans mes rondes,
J'écris ces mots entre volets. 

Je parle de grande Blesse.
Entre filet d'une infinité d'amour broyé, de temps oubliés, manqués,
je pleure de pas perdus et de départ refusé. 

Je marche dans la Blesse,
retournant chaque objet à l'encontre de mon sujet.
A l'envers du monde je vois parfois danser quelque tendresse.
C'est un bruit de pas qui crochète mille portes dans ma tête.

Ou bien c'est l'ombre
qui se projette, 

Ou le vide
sous le plancher.

Ou encore cette chair caresse
comme un soleil de linge témoin, déposé. 

Je viens de Grande Blesse
c'est une heure sans quart
juste cet espace où s'arrête mon regard
Un blanc, l'écho-page de mes phrases,
linceul soulevé de mémoire
une toile tissée au salon de l'histoire
qui de mal
sait toujours me trouver.
et que de beau
je laisse tomber. 

Oui, à cette heure, j'en reviens.
Et je pousse de nouveau chemin, 

Toute ma présence s'est habitée.



© De grande Blesse, Astrid Shriqui Garain

samedi 4 mars 2017

Le manoir d'Ango





L'aire de la bâtisse est grande et les lignes sont profondes.
C'est le matin , du moins, nous le pensons.

Au reste s'attarde encore un peu de nuit,
puisqu' à la demie du ciel, se fait déjà le tour.

La lumière remonte la grille d'une arcade.
Elle semble dessiner un losange dans le carré de l'ombre. 

Midi dresse ses voiles,
c'est un mât qui lui servira de donjon.

Un homme marche,
à sa longe : c'est un chien.
La halle perce son regard.
A l'entrée de la cour
une pierre questionne sa muraille.

Au nu d'un mur, n'importe quel l'ensemble encadre sa fenêtre.

Vingt cinq centimètres par vingt neuf centimètres et demi.
J'entends encore le battement de la pluie.

La petite plaque d'argent s'ajuste à cet instant :
« Lithographie exécutée par G. Engelmann ». 


Astrid Shriqui Garain  © 




vendredi 24 février 2017

de dessous langue

Marc-Henri Lamande,, " la chair de l'homme", de Valère Novarina



de dessous cendres
qui blanche poussière
de la tête dans l'eau 

 lumière ballotte ses pas
 
de dessous toile
De la nue
cuir d'extase
à genoux sceau

mot lancé à travers ventre
de l'ange
la découpe à ton souffle
et bris de silence dans le dos

clapotis incessant
désordre des ordres
stupide qui mélange
qui de sa bave ,
quitte de ton de sang
...et qui broie

qui ne pousse que sa nuit
dans un terrible landau
qui voudrait croire à son but
qui ignore et qui rampe
qui assourdit le choeur

Chaos gargarismique
Potée d'usurpés,
cantine d'insensés

Alors
De dessous langue qui chasse poussière
du cerveau hors de tes os
Famine ou poison
tu n'as pas le choix
tu te dois à l'oiseau

Lumière qui signe et qui trace
frottant de ses mains sur un arbre
une promesse contre la peau
et qui soudain enflamme l'oeil matin
d'un enfant chant qui te vient
et qui t'éventre du chemin

frappe à ta tête,
deux coups,
trois angles,
le silence est dégondé

heure de lumière
De dessous cendres
..Sort de l'oeuf.
Et tu comprends de chanter.

" De dessous langue "Astrid Shriqui Garain. ©

mercredi 15 février 2017

la porte des sables , kolmannskuppe,


"La porte des sables, Kolmannskuppe, Namibie", 
© Astrid Shriqui Garain 
Acrylique sur toile, 02.2017 


 Que restera-t-il de nos pantins de fer
De nos cubes de verre,
De nos décors plastifiés ?
Que restera-t-il de nous,
Lorsque que nous serons passés ?
Que restera t-il de nos cadrans,
De nos fureurs,
De ces millénaires de prières, de guerres,
De nos élans, de nos temples,
Que restera-t-il des hommes
Lorsque leur temps sera pour toujours épuisé ?
La foret renversera nos murailles,
La vague entrera dans nos cités,
La nuit offrira au ciel la plus profonde des scènes
Laissant aux étoiles le plaisir de se dévoiler.
Le feu des orages emportera nos montagnes de papier.
Que restera t-il de nos blocs d’aciers,
De nos géants de pierre,
De nos méchantes idées,
De nos petites pensées,
De tous nos jouets,
De nos anges dessinés ?
Que restera-t-il de nous
Quand nous aurons fini de régner ?
Il restera un monde poursuivant inlassablement
La course de ses heures,
Oubliant que durant une seconde les hommes ont existé.
En une fraction d’éternité,
Nous nous sommes évaporés.

Astrid Shriqui Garain, © Vestiges. 03.2011



vendredi 20 janvier 2017

Feuille froissée




"La feuille sommeil", ©   Astrid Shriqui Garain 


j'ai posé fontaine , froissé sommeil 

écorce plié mouchoir papier jeté dans une rivière de mots 

buvard miroir , feuilles trempées de mémoire 

linge comme une panse de pierre 

bribes, brindilles, un fil recoud ma langue en morceaux

ça papille sous ma couverture de peau. 


Astrid Shriqui Garain © feuille froissée

mercredi 18 janvier 2017

Nos linges



 "les linges" ,  ©  info- photographie, Astrid Shriqui Garain  



Nos linges

Écrire un corps
décrire , dés-écrire, réinscrire.
Penser mon corps .
Pensez, donc , un corps ! Mon corps,
Ce corps, cet alphabet
imaginez !
pensé comme pièce oubliée.
Un souvenir enfoui
emmuré.

Écrire pour soulever la dalle,
retourner la face, ouvrir un corps
emboîter sa langue.
Pavillon passe poitrail
écouter
mon corps ne se refuse pas à dire
il guette le silence qui lui plait.
Il sait parler. 
Se taire. Oublier. ...Effacer...
...Vous souriez.

Les siècles m'ont appris à patienter.

parle – ne te tais pas – reviens
écoute ma caresse
j'ai aimé
sans armure, sans pudeur
sans rien demander sans me projeter
sans même questionner
sans conceptualiser
sans évaluer , élaborer, sans juger
recevoir donner donner au-delà
par débordement , par peur de suffoquer
donner à respirer , prononcer chaque don
comme une lettre, une proposition, une remontée,
un rêve .

J'ai aimé – J'aime – J'aimerai.
Ma seule trinité.
mon corps se charge
il a vu,
tremblant brûlant il a vécu
fulgurance de joie
pulsion de chair , pulsation de lumière
donnant ballant volcan
versant renversant
Une vérité s'est déchirée
l’œil s'est ouvert
chaque membrane est un tambour
Aucun pardon juste un son
Ecoute son vertige
voyant, illes se donnent
un nom à refuser le pire
un rire pour un non
le pire c'est céder, plier, se taire
forcer ses lèvres au silence
oublier, effacer
non. j'ai aimé
leur non enchaînait mon nom
à tel force à tel point
que cela te faisait prendre peur,
te faisait prendre haine
à perdre haleine
parce que ce langage que j' exprime
ma jouissance ce râle que j'expulse
ce cri déchire tous les lois,
ce cri dehors d'un ventre
/ chair sang cri larme/
matière à jouir à penser phénoménal
c'est mon cri et c'est un cri de joie
Il arrache toutes les portes
c'est courant, frôlant,
Je nous aime
en pensant l'autre
mon égale
Je nous regarde
ni moitié ni tout
un être singulier, toi
un unique désirant,moi
baisant pensant caressant
autre en toi autre de moi
dire mon corps c'est écrire l'autre
parler de nos corps c'est dire l'entrejambe
de nos langues
bouche à lèvres
langue dans l'encre
mot à mot lire
le goût de la peau
Mon corps porte ses traces
nue, neutre,
ni terre ni ciel, à mots ouverts
peut être un peu de sable
un souffle, poussière ou terre
une fiction , une carte,
à chœur , aux poings,
par poignées de phrases
debout, hurlant
mon corps est une vague
Je peux laisser passer ses navires
j' inventerai une autre route
créer d' amour
vivre de jouir
tu es ma page
je suis un livre
c'est un non d'un même nom
ni tabou
ni légende
ni mât
ni pieu
ni caverne
ni totem,
je suis oiseau
cerne sous mes ils.
illes sous mes elles
Nous sommes oiseaux.

Je prends l'air.
entre la lumière et ma bouche 
il y a  cette empreinte
Une main et ses cinq lettres .
Chut…
Je pose mes mains sur tes mains
la neige transpire,  sur tes paupières
Elle trempe mes lèvres dans le ciel
Écoute...
Nos corps sont au soleil d'un repos.



Astrid Shriqui Garain  ©





vendredi 6 janvier 2017

Le silence même n'est plus à toi, Asli ERDOGAN , janvier 2017


" Dimanche, la neige a recouvert les magnolias, dont les fleurs s'ouvraient joyeusement, presque bruyamment. Elles se serraient entrelacées les unes contre les autres, comme apaisées de voir la " réalité" d'une vie, ou ses mensonges, dans laquelle elles se jetaient en riant, qu'elles chassaient passionnément."

p20.



" Talonnée par le souffle d'une créature maléfique prête à la curée, j'essaie désespéréent d'accélérer, comme si j'étais montée sur des échasses...J'essaie désespérement de me rendre invisible, de me fondre et de mévanouir dans l'obscurité palissante, de me mêler aux obres, à la pierre, à la terre, de m'enrouler dans un utime bout d'étoffe arraché aux lambeaux de la nuit...Comme su un inconnu était mort dans mes bras, je grelotte, tirée par une pesanteur insondable, prise dans une étreinte rigide, je grelotte comme il est inconcevable de grelotter par une nuit de juillet, qui sait depuis combien d'heures durent ces tremblements." p16.



 " Le soleil est déjà haut mais c'est comme si la couleur du sang reestait pendue à un crochet sur l'horizon. (Sur le pont les lynchages ont commencé). Davantage qu'un jour nouveau, il semble que la nuit continue et se prolonge... Venue d'un soleil plus lointain et plus froid, la lumière ne réchauffe ni ne console, elle ne promet rien aux vies qui ont été sauvées ou perdues. "
p18


--------


« Le silence même n'est plus à toi ». Écrire . Dire ? empêché, interdit , condamné, faussé, déformé, broyé, écrasé, pulvérisé….. alors : écrire. Ecrire.
« Me voilà aujourd'hui en prison pour avoir cru à des mots tels que vérité et paix. » écrivait Asli Erdogan depuis la prison de Bakirköy, où elle a été injustement incarcérée durant 136 jours par le pouvoir turc qui l'accuse, elle et sept autres prévenus de soutien déclaré au quotidien Özgür Gündem, réputé favorable à la rébellion kurde du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), d'avoir attenté « à l'intégrité de l'Etat » par ses chroniques.
Et ces chroniques, justement, les voici.
Écrire. Écrire de la nuit, écrire au delà des murs des toits, des grilles au-delà de soi.
Des mots , . Écrire, délivrer .
Ne pas avoir d'autre choix que celui de refuser de livrer ses paupières à la nuit, à l'oubli, au mensonge.
Dire au monde, aux pays, à la terre entière ce qu'il advient de l'homme lorsque ses crimes sont restent impunis.
Mettre le mot devant le miroir du coeur, dire crime lorsqu'il s'agit de crime, dire viol, meurtre, torture, génocide, fascisme, racisme, manipulation, oppression, mensonge, désinformation.
Dire ce qui fut vécu, ce que l'on vit, , dire les faits, dire leurs noms, leurs visages, leurs âges, dirent que des mères attendent des corps, dire l'arménien, la femme, la mère, la fille, les kurdes, dire Kobane, dire les camps, dire les complicités d'état, dire les prisons, dire les chenilles des chars, dire les coups, les arrestations, les corps carbonisés, dire la mort, les blessés.
Ecrire parce qu'elle ne veut pas avoir d'autre choix. Parce que se taire lui est totalement impossible. Au risque de perdre sa liberté, en risquant sa vie.
On ne peut pas dissocier la militante de l'écrivain. Les racines du combat d'Asli Ergodan plongent au coeur même de son âme et de sa chair. Révolte, résistance. C'est ce qui rend son écrit bouleversant, percutant, puissant.
Oui indissociable, la militante et l'écrivain. Je connaissais le combat de la militante, depuis quelques semaines je découvre sa plume. Et comme la main qui porte cette plume est belle et forte ! Elle plonge notre regard dans l'encre de nos vies.
Ce ne sont pas les lamentations nées dans un cri, c'est l'éclat d'un dit qui perce la nuit.
Elles sont là, les victimes, là, elles soulèvent, portent ces pages, elles pèsent dans le ventre de la nuit, elles marchent entre la terre et le silence.
Elle n'est pas seule. Asli Erdogan n'est pas seule. Ils sont des millions. Car c'est à eux que parole est donnée, aux sans voix, aux sans nom , à la « caravane des estropiés », Asli Erdogan les fait entrer dans le cercle ouvert de notre humanité.
Je suis éblouie par l'écriture d'Asli Erdogan. Pas aveuglée, non, éblouie.
Et ça en littérature c'est rare. Chaque siècle nous parle à des années lumière , Asli Erdogan, elle, nous parle en milliers d'années.
On ne peut pas après avoir lu ce livre, on ne peut plus entendre le monde de la même façon.
Ce n'est pas un témoignage. C'est plus que cela Ça vous parle du dedans, ça marche en dedans, depuis la nuit des temps.
« Si non seulement nos morts, mais aussi notre propre mort nous est confisquée...Si c'est davantage que nos seules petites vies individuelles qu'on accule dans les caves...Si l'on brûle, acculé, aspergé d'essence, tout de ce qui nous donne du sens, tout ce à quoi nous donnons le nom et le sens  de « vie »...Si l'on explose à l'arme lourde la voûte de nos rêves, si les salves de balles déchiquettent les mots formés par le sang des millénaires...Si nous ne sommes même plus capables de pousser ni d'entendre un seul cri...Si même ce silence n'est plus à nous ».
Une fulgurance.
Libérée sous conditionnelle depuis le 02 janvier 2017, sous contrôle judiciaire et sans autorisation de quitter le territoire, jusqu'à la prochaine audience, prévue le 14 mars 2017.
Asli Erdogan risque toujours la prison à perpétuité.
Astrid Shriqui Garain, lecture 01.2017

 ----





«  Sobrement, personnellement , simplement : je ne veux pas être complice.Je ne veux pas être complice de ces rafales de balles qui s'abattent sur des femmes, des enfants, des vieillards essayant de s'extirper des décombres, cramponnés à un drapeau blanc. Je ne veux pas être complice de cette mâchoire entièrement brisée qui appartient à un enfant de douze ans retrouvé dans une cave. Ni de ce sac à gravats qu'on dépose en disant «  voici ton père », qu'on dépose en disant « voici ton enfant », « environ cinq kilos d'os et de chair »...Ni du sort atroce qu'on fait subir à une mère qui attend depuis des semaines devant un hôpital en se répétant « un bout d'os calmerait ma peine »...Je ne veux pas être complice de l'assassinat des hommes, ni de celui des mots, c'est à dire de la vérité ».






player emission spécial Turquie 05.01.2017, Heure bleue, Laure Adler. 

 https://www.franceinter.fr/embed/player/aod/dcb826e2-3139-4413-9f85-cc8b365d59b3
 
« Entre les salves automatiques et la fureur de la foule chauffée à blanc...Au beau milieu d'une guerre, plus vraie que réelle, mais dont la réalité n'évoque même pas celle d'un rêve, une guerre à laquelle je ne trouve aucun équivalent, comme au bout du bout du monde, dans ses confins les plus sauvages...Entre l'impossibilité de partir et celle de rester, je me suis repliée sur moi-même comme un point d'interrogation qui se tord le ventre. Entre la terre et la pierre, entre l'obscurité de la nuit et la noirceur des hommes ».


" Des fissures et des brèches colossales s'ouvrent dans la nuit, la réalité déborde d'elle-même comme les eaux d'un torrent déchaîné, s'éparpille au hasard comme une pluie de confetti."


 " Je suis dans l'un des angles morts du destin, un noeud formé de toutes ces routes qui n'en finissent plus de se chevaucher, sans lumière, sans issue et sans retour comme dans un cerceuil...Il n'y a plus de temps qui mène jusqu’au Présent, plus de temps qui file comme à travers le chas d'une aiguille, et plus personne pour en assurer l'étendue et la durée sur la base de l'instant...Plus rien désormais ici n'existe qui dissocierait les mots les uns des autres, tous dans la même pelote d'ombre, les mots comme leur négation s'écroulent puis se dispersent, rien ne sépare plus l'espoir du désespoir, avoir peur de ne pas avoir peur, être mort de ne pas être mort. "


" les histoires viendront ensuite, elles mettront l'interminable réalité - nuit, guerre - entre guillemets. Et cette histoire, ce montage nocturne, remplira la nuit qui se distend comme un immense filet déchiré, de nos mots et de nos corps , ainsi espérons-nous lui donner forme"






jeudi 5 janvier 2017

Portrait d'homme aux pastels


Astrid Shriqui Garain © portrait d'homme, 01.2017 -  Pastels secs 

tous mes remerciements au photographe Denis Rouvre pour  son admirable  série " Kanak"  dont je me suis inspirée pour réaliser ce portrait. 

Chants des labours

Champs de labour ©  Photographie de Ludovic Maillard - 2015 



Temps qui bourrasque à la tête qui ressac,
On puise fort en dedans l'ombre,
Le ciel se retourne ,
une voie grêle sa nuque de frissons.

Sillons, écorces, blessures d'encrage
la main verse le poids de sa terre
dans l’entrelacs de ses lignes,

la lune à peine et le bois qui tremblotte.
C'est là sève qui vient pleurer de son feu.

Tête bêche par dessus toits,
la nuit brume son éclat.
Son souvenir en coin, la lampe se met au repos,
ce soir, la chaise posera une laine sur son dos.


Astrid Shriqui Garain - ©  01.2017 

lundi 2 janvier 2017

Un tronc d'air





dessin extrait du film "Ressac"© de Simon Kohn, 2011.




 Il y a entre mes mains un bavardage d'oiseaux
qui martèle le ciel à coup de mots
Un grand tronc d'air qui sert de tambour
pour appeler tous mes gens d’alentour
des rames comme des ailes
avec au bout des manches
ces deux mains
l'une qui donne
l'autre qui demande
l'une qui donne le bon jour
et l'autre, celle qui se demande,
l'autre qui se demande à qui le prochain tour
Il y a entre mes bras comme les rêves d'un poisson- chat
qui sortent à l'oeil dans le tram du soleil
Une idée de chanson avec un air d'évasion
pour des terres et des terres
avec des mots comme le ciel
et des bonds comme l' oiseau
au bout d'une branche on accrocherait le bateau
qui suivrait le poisson danse
et puis des mains qui pousseraient son grand chariot.
Entre ces bras en fait c'est immense
il y a un bavardage d'oiseaux
qui martèle le ciel à coup de mots
pour qu'on fasse sortir un peu de ce soleil de nos chapeaux.


 Astrid Shriqui Garain -© un tronc d'air , 01.2017 - 









samedi 31 décembre 2016

J'écoute l'hiver



Astrid Shriqui Garain , " 31.12 " © 12.2016


Jeu dit dans cette étrange absorption du langage
dîme et peine à voir un autre visage
l'eau est arrêtée,
la lumière est brouillée
la vie est asséchée
rien ne coule plus
ni eau ni temps ni larme ni parole

ils marchent grelottant
serrés en leur faux cols
vite, si loin des uns et des autres,
Leurs points ferment leurs poches.
« Ne me touche pas j'ai froid
je cours je folle je rase je frêle »
je ne peux les rapprocher
les mots rétractent fendillent ricochent
j'ai froid j'inverse
je reprise je m'averse je pioche
jeu su dans cette étrange absorption du langage
Leurs mots sont des sillons d'écume
qui gravent mon coeur sur un océan de glace
je souffle à la lumière du ciel
dedans peut être
Mon regard raye son disque de soleil.
face contre glace
le givre contraint ma main de l'arbre
comme un fol en proie à l'angoisse de la sève
Écoute l'hiver fendre mon écorce.

 Astrid Shriqui Garain , "j'écoute l'hiver " © 12.2016

Cette nuit là


Image extraite du film " le concile lunatique " d'Arnaud Demuynck et Christophe Gautry, 2010.




Quand les mots auront fini de courir dans la rue,
de faire tourner les pages de nos livres,
Quand ils ne souffleront plus sur nos places
Quand ils arrêteront de faire les cons,
de discuter, de raconter,
de dessiner, de plaisanter,
de témoigner, d'imaginer,
de tout prendre, et de rien laisser.

Quand ils n'écriront plus rien sur les murs,
Quand ils seront bien polis et raisonnables,
Quand ils seront contrits et présentables,
Quand ils auront une certaine éducation
après avoir reçu toutes nos petites corrections,
Quand il diront...
« Bonjour Madame ,
pardon monsieur,
merci patron »,
quand ils arrêteront de gueuler
NON
quand ils sauront rester à leur place ,
sur la même ligne,
jamais en marge
Quand ils marcheront
en procession aux élections
sur le même ton
Quand ils auront fini de traîner dans l'air frais d'une chanson
ou de rêver au sourire d'une expression
Quand ils n'auront plus des idées de grand large,
ni d'accents de voyage,
plus d'avis,
plus d'opinion,
Quand ils obéiront
un jour au doigt d'un dieu,
demain à l'oeil du diable
et tous les jours à leur pognon
Quand ils sauront dire oui
sans même se poser une seule question,
quand ils écouteront le clairon,
Quand ils n'auront plus que le choix de nos bénir
….ou celui de nous maudire
cette nuit là, tu vois,
cette nuit...là
Avec eux , nous mourrons.


© Astrid Shriqui Garain, 12.2016  



mardi 27 décembre 2016

La coquille



Image extraite du film "Révolution" de Cécilia Pepper, 2012.


Je me croque
me roule et me roc
je me re- croque- vrille
en dedans moi
je bloque
je craque
je m'amande et me graine
au bord de l' hiver
Dans le creux de mes bois
mon écorce a perdu sa lande.
je me silence
et me souviens
de cette automne lointain
de ce village
je sème
de ses deux mains, de son visage
j'ai le sable qui tremble
de mes deux jambes
il flotte au dessus de ma langue.
Je prends le large la tête en bas
à genoux et les poings sous les bras
je me balance d'avant en la matière
dans le berceau de la terre
je crois que je me noie
j'ai le mal d'un pays planté au dessus de mes branches
c'est du rêve qui se projette
c'est la beauté du geste
je me déroule
et me redresse.
Je germe et je progresse
de mon visage
à mes deux pieds
mon corps apprend à se danser.
Un mot me manque :
C'est une coquille de moi.



Astrid Shriqui Garain, ©  La coquille,
 12.2016. 

Le premier automne

photo : extrait du film "Premier automne"
 d'Aude Danset et Carlos de Carvalho, 2013.




Je me fiche de la grande horloge du monde
je me fiche de la grande roue, du grand chariot, du chiffre rond,
je me fiche de la machine à nous faire perdre l'angle droit.
Moi je tourne dans le sens qui me va
je marche vers cette vie là
la vie qui va vers toi
J'ai tout mon temps
et je le prends.
Je ne me retourne pas.

Je boite, et je trottine à demi pas
je n'abats pas les montagnes
je ne fais pas long feu de tout mon bois
Je parle bas,
je rêve fort,
et je m'endors entre les bras de la grande ours,
elle et moi au soir on se comprend ,
on se guingois,
on se course,
on se paresse,
on se boussole ,
on parle d'ailes à tous les temps.
Je me fiche des heures qui passent
elles en feront toujours des siècles
une seconde ça peut bien me suffire
ça peut suffire à faire ton souvenir
un souvenir c'est un sourire qui s'en va pas
c'est une note qui joue toujours en moi.
Y en a qui dise …
« ça remplit pas
les rêves, les souvenirs ….
c'est de la ferraille qui traîne le passé
et qui laissera sa limaille entre les lames de ta pensée.
tu penses, tu penses,...
et vlan ! v'là que ça rouille
voilà : t'es toute cassée. »
Oui mais tant que j'y suis, j'y pense
et dis qu'on devrait pas avoir le goût de tout faire passer.
Je vais pas me plier en quatre pour bien me mettre en boite.
Ça tourne plus rond
mais dans l' bon sens
je marche vers cette vie là
cette vie qui vient à moi.
J'ai tout mon temps
et je le prends.
Sur la route,
dans les bras de la grande ours, je dors.
Qui sait,... ce soir,
le ciel peut être nous comprend.


Astrid Shriqui Garain, © , le premier automne , 12.2016

de la terre et de l'eau


" Le pays d'où je viens "© , , de Marie Javouhey, huile sur toile.


C'est de la terre et de l'eau
juste de la terre et la couleur de l'eau
juste la moiteur de la terre et de l'eau

et puis il y a la main

la profondeur de la main et puis le coeur


juste le coeur
ça n'aurait pas suffit
il fallait la main la terre de l'eau et le coeur
et puis le rythme
Parce que la terre, l'eau, la main,
même sur le coeur,
sans le rythme il n'y aurait pas eu grand-chose

pas grand-chose à dire, rien à faire,
un tas peut être
un tas de petites choses qui s'agiterait ou qui resterait là
avec la moiteur de la chair et la couleur de ses os.

Ça tremblerait, ça passerait, ça s'effacerait
Rien à faire
Pas grand-chose

C'est juste un peu de terre et un peu d'eau
ça commence comme un voyage en bateau
avec au plus profond du coeur
une main qui balance ses couleurs

au rythme

Au rythme tiens
de tous les coins de la chair

au rythme de la main
de son coeur,
sans jamais s'arrêter,

ça n'a jamais commencé.

juste
de la terre
et de l'eau
pas une carte, y a même pas de nom,
pas de dé-fi-ni—tion.

D'où je viens y a juste de la terre et de l'eau.
Et la musique...
elle est en moi.


© , Astrid Shriqui Garain, De la terre et de l'eau , 12.2016









Les vergers de la vie



Vergers en fleurs, Claude Monet 



 La silhouette d'un mot était venu s'accrocher
à la voûte blanche des jardins. 

L' encre de la vie s'enroulait aux mâts de ses branches. 

C'était un matin en partance vers l'infini. 

Il n'y a pas de jour, pas de saison, pas de lieu,
pour se rendre à la bonté du monde. 

Pour chaque lettre, un pétale,
pour chaque fleur, un mot
et pour tout le reste…

disons...juste une brassée d'étoiles. 





Les vergers de la vie, Astrid Shriqui Garain, Noël 2016. 









mercredi 21 décembre 2016

L'aquatinte




Eau forte et aquatinte de Françoise Gérardin, © 2016,
atelier Bo Halbirk.
http://bohalbirk.com/artistes/francoise_gerardin.html


Un pont glissé 

à la paupière du soir, 

dans un miroir j'accoste ton prénom. 

Un ciel te fait cygne. 

Dans mon regard, il se met à flotter 

à l'envie de la saison. 


Astrid Shriqui Garain © " l'aquatinte", 12.2016




jeudi 15 décembre 2016

La glisse


 L'étoile de glace, d'Andy Goldsworthy.



Il y a des jours comme ça sur lesquels ça glisse et qui nous font perdre pieds.
Des jours de grands fracas et de tremblantes mains écorchées.
Il y a des matins de regard couché.
Des pas incertains et des bruits étouffés.
Il y a le sentiment de ne pas être né
de n'être de nul part espéré.
Il y a des couloirs et des ponts,
des villes renards et des drôles de lascars,
Des croque-bestioles qui vous enferment dans le noir des placards
qui vous racontent des histoires
où personne n'ira jamais mettre le bout de son nez
des heures de rendez vous blizzard à sans unique à sans égard.
Il y a la monnaie qu'on balance même pas pour le vœu
juste pour partager un mot ou deux et c'est peu.
Il y a ces Noël que d'autres dansent et ces années lumières qu'on a laissé de côté.
Il y a tellement d'images auxquelles ton ombre est venue se confier.
Un peu d'inachevé, un petit peu d'eau salée.
Il y a la route, cette inconnue de fortune,
il y a un sourire qui écoute et qui a dit juste ce qu'il pouvait.
Ce visage, ces mots simples et qui roulent en route et qui sont si beaux d'être vrais.
Il y a comme ça ces heures qu'on aurait jamais du croiser
et puis vient cet instant qui ne peut rien effacer mais qui peut tout te donner.
Il y a un jour comme ça sur ta peau
qui te laisse un baiser et qui te fait tourner la tête
dans le sens où ton coeur recommence à marcher
Des jours de belle chance et de mains enlacées
d'une lumière qui dessine le seul nom que ne peut être inventé.


Astrid Shriqui Garain. © , " la glisse" , 12.2016

mercredi 14 décembre 2016

Forêt pelote

Photographie : la souffleuse de verre, 2016,
film de Petra Durst-Benning




Le ciel et moi nous tombons 
à flocons ouverts
au bout des cils 
il y a la vie qui marche sans hiver
et puis le vent qui écrit sa rivière. 

De la pointe de l'étang le monde donne la lumière
L'arbre grandit lorsqu'il comprend.


Forêt pelote, 12.2016 ©Astrid Shriqui Garain .

La passante






 Extrait d'un dessin de Victor Hugo, Voyage de Nuit.




 
Sur les images filantes de ta peau
j' ouvre silence.
Là où mes mots marquent un baiser,
bande passante, mon coeur est un chariot ;
 

sur sa toile ça chemine.
Et c'est la pluie qui viendra nous rayer.
 

Toi, près de moi
je ne veux pas l'écouter.


Là bas ils brûlent d'enfer sur le reste des pierres,
cent ans se sont coupés les mains à leurs prières.

Mais ils ne savent pas ce que fait la lumière à tes pieds.

La tête me tourne autour de tes yeux
Je ne compte pas les mots que je dépose sur tes lèvres.
Deviens toute la Terre et je serai le jardin.
C'est l'univers qui repose sous les cendres.
il est assez grand tu sais,
pour porter notre envie de l'aimer.

Sur la bande filante d'un mot
marche une étoile filante.
Elle passe comme toi.
elle dit comme moi.

Elle demande qu'on se rassemble.
C'est ici tous les soirs
mais c'est là-bas,
une seule Nuit.

C'est un peu de moi qui se jette dans le feu
alors viens,
quelque braise que je te dise
si le ciel nous protège un peu.



À la survivance , 12.2016

© La passante, Astrid Shriqui Garain .





samedi 10 décembre 2016

Paris, F. 1959

photographie : Paris, 1959 © Saul Leiter

"« Je n'avais pas eu vraiment de mal à retrouver la trace de F. Un ami commun, résidant depuis peu à Lausanne, m'avait confié, lors d'un déjeuner foisonnant d'anecdotes et de souvenirs cocasses, que F. résidait à présent à Paris, près du Jardin du Luxembourg.
Cela faisait quinze ans que je n'avais pas revu F. . Quinze ans qu'Isle était morte. Quinze ans que la guerre avait pris fin.
Quinze ans juste un peu assez pour que le chagrin me démorde et que je puisse me remettre à marcher.
Je n'avais pas osé lui dire ce qu'elle m'avait confié. En avais-je le droit à présent ? Davantage qu'il y a quinze ans ? Le fait est que je n'aurai pas pris le risque de me retrouver en bas de son immeuble, si un événement ne m'y avait pas poussé. J'avais la lettre avec moi. Quinze ans également que je ne l'avais pas sortie de son enveloppe.
En sonnant à sa porte, je ne savais pas que nos vies, qui m'avaient toujours semblé fort éloignées, allaient s'enchevêtrer de telle façon que ,quelque années plus tard , je présenterais F. comme le plus fidèle ami qu'un homme puisse espérer.
Il est vrai qu'on imagine toujours ceux que l'on rencontre, les projetant dans l'espace réduit de nos désirs et de nos craintes, on devrait leur donner la liberté de notre surprendre, c'est là je crois où chacun peut de la plus véritable des façons se révéler. De là me vient, je crois, cette nostalgie constante de l'inconnu.
On ne devrait rien attendre, ni bonheur, ni félicité, ne connaissant pas leur visage, à quoi cela sert il de les guetter ?
Est- ce cette femme assise en face sur ce banc, est ce ce coup de téléphone, est-ce ce regard sur les marches du soir, ou cette main qui repose ce livre ?
Numéro 64. Le chapeau à la main, j'entrai. Cela sentait l'encaustique, et le plâtre mouillé.
La pluie avait cessé, la semaine était de novembre. Dans la rue, les lumières éclabousseraient encore quelques heures les pavés.
Le panneau référençant les locataires de l'immeuble m'indiqua l'étage. Je lus . Monsieur F. David. 4eme étage, porte G.
Il était dix huit heures lorsqu'à sa porte je me présentai. » 


 © Astrid Shriqui Garain - 12.2016

lecture sur photographie de Saul Leiter, Paris, 1959

vendredi 9 décembre 2016

Canopy







Canopy, 1958
Photographie Saul Leiter 



Canopy,
J'ai l'avenue plein de costards

On my rock
douce
et regard noir
je pose mes yeux
sur tes fesses giratoires

il fait trottoir
à se vider la mémoire

d'un coup de langue
au bout d' la rue
C'était quand même un peu blizzard.
 

© Astrid Shriqui Garain - 12.2016

lecture sur photographie de Saul Leiter