mardi 13 septembre 2016

Quinze ans







Photographie de Stuart Shils ©
"early afternoon window", color of a delicious beach day.  09.2016 



              Un geste découvre l'image de mes pensées.

              Quelque touche de lumière invite mon regard

              à ouvrir une toile aux rêves du dormeur.


              Dans le haut de la scène on peut y voir un lac

              qui plonge dans le  bleu verre d'un charme.


              Il se pourrait qu'il soit éternellement quinze ans à l'horloge du monde. 



 ©  Astrid Shriqui Garain 09.2016 








Sophia Charaï - SHOUFF SHOUFF

dimanche 11 septembre 2016

La table











La table © Astrid Shriqui Garain , 09.2016,
mine de plomb, crayon, numérisation 













Construire une maison, Jack London






Une maison c'est un projet. Construire une maison est un projet. 

Le Corbusier voyait les maisons comme des machines à habiter. Mais n’est ce que cela ? Une machine ?….Utile oui, mais utile ne suffit pas. 

Jack london lui n'est pas architecte. Dans le sens académique.
Mais il l'est, . Il était humaniste et donc bâtisseur de projet.
Car si nous considèrons que l’architecture, est la construction d'espace, quel qu’il soit, et qu'il  peut être un projet humain alors Jack London est architecte. Un des plus grands.. 

Espace à penser, espace à méditer, espace à échanger, espace à apprendre, à partager, à travailler, à rêver, aimer, espace à vivre. Maison, projet, idée, quelque soit le nom que l'on donne à sa chaumière on ne la construit pas sans lui onner du sens.

 Voilà ce qu’expose à travers ces pages Jack London. Il ne décrit pas ce qu'il a réalisé , il explique ce qu'il projette.

L’allégorie de toute entreprise. Voici ce qu'est ce traité d'architecture de Jack London.

Exigence. Fondation. On ne construit pas pour rien. Construire utile donc. Utile pour rationaliser, pour pensée l'économique, le politique . Utile : oui. Mais beau. Car le beau est utile. Beauté, utilité voici les deux pièces maîtresses de toute construction. 

Pas de grimage, pas de barbouillage, pas de surcharge, pas de travestissement. En un mot pas de mensonge.
 Exigence de l'authenticité. «  Le véritable gratte-ciel a de la beauté en proportion de son authenticité ». «  S'il aspire à la beauté, il ne doit pas prétendre être ce qu'il n'est pas ». 

«  il ne doit pas dominer , il doit s'élever ». Authenticité. 

Autre pièce maîtresse. Des matériaux. Parce que ce qui tout ce qui compose reflète une pensée. Si le matériau est noble, le projet le sera.

L' intelligence et beauté sont liées.

Devant tout monument aussi petit soit il, aussi grand est il, ce qui le porte, ce qui l'étaie, c'est son idée. 

Une grande idée, est un beau projet.  


Jack London à son travail


 
Universalité du projet . Ce qui est utile à l'un sera utile à tous. Ce qui est beau, 

est beau pour tous. Projet humaniste.

Dans ce traité Jack London expose les bases même de sa pensée, l'essence de l'humanité. 

De cette pensée qui l'a porté durant toute sa vie. 

Une des clés utile pour comprendre la justesse, la précision du « projet-London ».

Vérité, authenticité, intelligence, utilité, beauté , universalité, tels sont les mots de Jack London.

Des mots de granit et de marbre, d'acier, de bois de terre et de sève.
Des mots porteurs d'une immense humanité. Des mots à la hauteur de l'Homme. 

Une maison est projet. Un idée, une oeuvre, une phrase, une bibliothèque, un livre également. 

Mais avant toute chose une vie les contient tous.

La maison London ne cessera jamais de nous élever.


 "Avant, je ne savais pas que la beauté avait un sens. Je l’acceptais comme telle, comme une réalité sans rime ni raison. J’étais dans l’ignorance. A présent, je sais, ou plus exactement, je commence à savoir. Cette herbe me paraît beaucoup plus belle maintenant que je sais pourquoi elle est herbe, par quelle alchimie du soleil, de la pluie et de la terre elle est devenue ce qu’elle est." 

Martin Eden de jack London  , extrait



Encore un bonheur de lecteur comme la maison des éditions du Sonneur savent si bien nous proposer.

Astrid Shriqui Garain 
 
 09.2016



vendredi 9 septembre 2016

Au seul bruit du soleil, Jean LURÇAT , la manufacture des Gobelins - PARIS



" Le poème c'est une action qui se dessine" ( Jean Lurçat)


Le ciel -1953

Jean Lurçat, 1892-1966. Jean Lurçat m'était inconnu. Je n'imaginais pas. Je ne connaissais pas non plus la Manufacture des Gobelins. Je ne l'imaginais pas non plus.


 Manufacture des Gobelins -  Paris 13e 

Ce qui m'a été donné de recevoir aujourd'hui c'est un cadeau. Un cadeau, un immense cadeau.  Un don, un leg, une confiante-danse.   

Oui au seul bruit du soleil. matière, couleurs, lumière .

Au seul bruit du Soleil !  l'aube s'élève ! Le monde se met à chanter.




Le soleil du japon ( extrait )


Jean Lurçat peintre, poète,  aura su rénover la tapisserie.



Peintures, tapisseries, mobilier, céramiques.  Il a réactivé le langage du décor.


























Jean Lurçat  est un des plus grands noms des arts décoratifs textiles.

Il est terrien , aérien, il est l'eau le feu le vent .

Il est les saisons, il est un jardinier de Poésie.

il aime les hommes, l'amitié, la liberté. Il hait la guerre.

Il est nomade, voyageur.

il est symphonique, colossal , céleste, il est leger.

Son univers : le choeur des soleils !

ses armoiries : les animaux....un bestitaire incroyable.


Entre 1936 et 1965 il aura créé près d'un millier de cartons de tapisseries.

Ami de Rilke, d'Apollinaire, de Max Jacob, d'Aragon, d'Eluard, de Seghers.

Création.   CRÉATION

Voilà le terme le plus fort qui s'est inscrit à mon esprit lorsque j'ai vu se dresser , se dérouler toute cette beauté.

Une beauté à vous couper le souffle.

A vous faire pleurer. De joie. de plénitude. A vous remplir du monde. A vous rendre fière de faire partie du monde, a vous faire sentir et ressentir à quel point
 vous êtes attachée au monde et pourquoi le monde est attaché à vous.

L'ivresse, oui l'ivresse m'a saisie, emportée,  transportée.


La vision des "illusions d'Icare"  est un instant que je garderai toute ma vie.

en moi, avec moi.

la liberté, la résistance, la Terre.

Que dire lorsque je me suis retrouvée dans le jardin du poète ?

Joie, jubilation ! .  je venais de naitre, j'étais une môme, lieu fantastique, merveilleux, et tellement protecteur , tellement familier.

Une alcôve.  L'alvéole.

Passion, engagement, force, poésie, amitié, couleurs, chaleur,

la beauté est une arme chargée d'amour.

 " c'est ton pays et mon pays toujours plus grand ouvert et nous le gagnerons " ( Eugène Guillevic)

nourriture , nourriture celeste ! Le vin était versé, le soleil s'élevait.

" Le jour s'ouvre comme une orange" Guillaume Apppolinaire.

Quel banquet mes enfants, quelle fête !

" La création d'un oeuvre c'est la création du monde" Kandinsky.

Imaginez imaginez ce que j'ai reçu aujourd'hui !

Chasseur de rêves, chasseur cueilleur. un des plus grands !

Merci Jean Luçat. Merci à vous et à tous les artisans d'art qui ont oeuvré à vos côtés.

Plus vivante, plus grande, plus puissante, plus forte c'est ainsi que je suis ressortie de la Manufacture des Gobelins.
Plus légère, apaisée. 

Lieu d'art, de tradition, lieu de création, lieu d'ensemble, de tissage de liens, de transmission.

L'exposition se  terminera le 22 septembre 2016

Je ne peux que vous supplier d'aller voir cette exposition.


Bons et doux voyages en Poésie !!



 09.2016

Astrid Shriqui Garain


 






Amitié, l'art de bien aimer, Simone Weil





                                        Payot-rivages - 9782743635961





L'amitié…Idée, chose, concept, émotion... sentiment ? 

En ces quelques pages, qui sont d'une très grande richesse, d'une incroyable densité, Simone Weil nous rappelle à l'ordre universel de l’âme, du cœur et de l'esprit.

Parlons en amitié, entre nous donc.
Puisqu'il ne peut se concevoir d'amitié sans un cercle.
Non resserré, l'amitié n'est pas un collet, un cercle qui doit au contraire tendre à s'élever et à s'élargir. 

Amitié. Quelle belle parole. Quel mot extraordinairement difficile à définir. Ressentir oui. À se dire, c'est beaucoup plus sérieux.
"C'est mon amie", ..."voilà mon ami" . 
Ce n'est pas rien. C'est un engagement. Pas une promesse. Un engagement.

Ces pages de Simone Weil sont extraites des «  Formes de l'amour implicite de Dieu ».
Elles ont pour objet le devenir de notre pensée comme nous le rappelle Valérie Gérard dans sa préface.
« Devenir de notre pensée. »
Pensée d'amitié dans « la force des affects et de l'attachement à l'autre ».
Et c'est avec une netteté et clairvoyance de langage que Simone Weil taille devant nos yeux le portrait de l'Amitié.

Il faut tout d'abord, chasser le Mensonge. Mensonge qui tenterait de cacher la réalité de l'affect.
J'ai besoin de satisfaire un élan hors de moi pour rejoindre l'autre qui est extérieur à moi.
Je suis un être sociale, social, socialisant, socialisé. Mais si le rapport se ressert j' intériorise l'autre par exces, et l'élan se brise.

L'amitié s'étiole, s'étouffe, s'efface.
Ne pas reconnaître cette contradiction éternelle de l'amitié est un mensonge. 

Donc lorsque l'on parle d'amitié il faut parler d’équilibre.
Il faut tendre à ce parfait équilibre, la bonne proportion des choses.
Puisqu'en réduisant l'autonomie ou au contraire en le revendiquant avec trop de force on risque de briser le cercle.

Équilibre des choses. On ne peut pas supprimer c'est deux extrêmes on peut juste tenter de rester un merveilleux équilibriste.

L'Amitié. Ce sentiment divin.

«  L'amitié est le miracle par lequel un être humain accepte de regarder à distance et sans s'approcher l'être même qui lui est nécessaire comme une nourriture ».

Oui effort, l'amitié réclame un effort d’équilibre. De distance.

Elle transforme, enseigne. Enseigne qu'il faut savoir s'arracher de ses propres affects pour ne pas transformer une amitié en fusion destructrice.

L'amitié. Sentiment de pureté.

Il n'y a pas de séduction en amitié. Plaire n'est pas un verbe d'amitié. Il n'y trouve pas sa place.
Plaire c'est convaincre d'une vilaine manière.
Il faut sans sens aller se confronter au monde et à ses contradictions.
Quite à se mettre en zone d'inconfort. Oui c'est parfois inconfortable de faire un effort. D'exiger la réalité. De reconnaître l' altérité et l'intégrité.
Faire la part entre la necessité et le besoin. 

«  la contradiction nous fait éprouver que nous ne sommes pas tout ». 

Non nous ne sommes pas tout, ni pour soi, ni pour les autres. 
Penser autrement serait monstrueux.
Nous ne sommes pas voués à être des monstres.

«  Le réel c'est essentiellement la contradiction.Car le réel, c'est l'obstacle, et l'obstacle d'un être pensant, c'est la contradiction. »

C'est la pensée qui nous faire passer les obstacles, elle ne les efface pas, ne les chasse pas.

Pour Simone Weil l'amitié est nécessaire et impossible à la fois. Tant le désir nous fait sortir de nous.
Mais on y tend, on y œuvre, on y explore, on s'y exerce. Et c'est une joie. Une joie car malgré l’instabilité que provoque cet affect, et bien, le miracle se produit. 

Un miracle de vie.

Tout est là pour que cela ne fonctionne pas, et pourtant , l'amitié agit. L'amitié agit et ouvre l'espace de la pensée. On grandit, on s'élargit. La pensée ne s'arrache pas des affects mais elle doit être disposé à se laisser affecter. Pas infecter, pas empoisonner. 

Le vivant a le pouvoir d'être affecté.
Sans cela peut on parler d' âme ?… 

Être sensible, être vulnérable, être imparfait, mais qui tend à rester en équilibre constant pour ouvrir sa pensée en toute liberté, et offrir, partager cette pensée en Amitié. 

C'est ainsi que cette pensée peut fonctionner et si elle pose problème elle trouve réponse en elle même.
Car l amitié est une matière qui vit dans la réalité, et pour s'y maintenir elle force la pensée à bouger, à « sortir de ses cadres ».

L'amitié est le reflet de l'amour divin, une union des contraires, une harmonie.
C'est pureté et vérité également. La nécessité peut empoisonner une relation.La détruire.
Là où il y a nécessité il y a contrainte, domination, souffrance donc.
C'est un malheur.
Seul le miracle de l'amitié peut rétablir l'équilibre

«  L'amitié est une égalité faite d'harmonie » disait les pythagoriciens.

L'amitié est beauté, c'est une clé de l'architecture du monde.

Sans amitié rien ne se construit. Et rien ne peut s'élever sans liberté.

«  il y a égalité parce qu'on désire la conservation de la faculté de libre 

consentement en soi-même et chez l'autre ». «  Il n'y a pas d'amitié dans l'inégalité ».

Je pourrai résumer très schématiquement cette pensée :

1+1 = 3
et 1+1 =2

2=3

2 ne sera jamais un.

1+1+1=4 également et ainsi de suite, ainsi, ainsi  de suite.

L'amitié est exponentielle comme l'univers.
Car c'est une loi universelle.
Deux amis ne forme pas un.
Ils sont toujours des êtres dissociés, ils sont toujours 1+1.
Le fait qu'il soit ensemble réuni en amitié fait n'être, apparaître une étincelle, une lumière, une intensité que l'on peut appeler divine.
Ils ne forment pas le couple, la paire, une entité fusionnelle, un monstre hybride,  il ne s'imbriquent pas l'un en l'autre, il ne s'entre dévore pas.

Non. Il sont 2 et 3 à la fois. Et le 3 c'est justement le miracle. 

La présence de ce miracle.

«  L'amitié a quelque chose d'universel. Elle consiste à aimer un être humain comme on voudrait pouvoir aimer en particulier chacun de ceux qui composent l'espèce humaine.
Comme un géomètre regarde une figure particulière pour déduire les propriétés universelles du triangle, de même celui qui sait aimer dirige sur un être humain particulier un amour universel »

Cette vision est d'une puissance , d'une force extraordinaire !

Simone Weil était une des intelligences les plus remarquables et indispensables à l'humanité.

Elle était philosophe. . Elle est venue en Amitié.

Elle est à présent la bienvenue pour l'éternité.

Cette lecture je l'adresse à mes amies et amis que j'aime, et à tous ceux que je rencontrerai demain.
Qu'il me soit pardonné parfois mon manque d'effort mais qu'il me soit reconnu ma tentative constante d'équilibre.
Cette dernière surpassant le premier, je crois que le miracle ne cessera jamais de se réaliser.
Et je vous rassure je n'ai nul nécessité et nul besoin d'écrire cela. et comme je reconnais notre altérité, je vous assure que vous n'avez nul besoin ni aucune necessité à lire tout ce que j'écris là.
  
La route n'est pas droite, il y a des creux, il y a des bosses, mais Dieu que la route sait nous rendre beaux surtout lorsque les philosophes éclairent notre chemin d'une si puissante façon.

                                                       Simone Weil 


Simone Weil fut une militante engagée, une très grande humaniste, 

une femme qui a toujours su s'indigner. 

 


09.2016
Astrid Shriqui Garain







Novecento : pianiste. d'Alessandro Baricco






«  J'ai désarmé le malheur, J'ai désenfilé ma vie de mes désirs. »







C'est vrai que cette histoire est belle. Est ce un roman ? Un conte ...une fable ? 
Une légende ? un mythe ? 

Peu importe c'est une nouvelle. Je la vois ainsi. 
Une nouvelle arrivée jusqu'à nous. 
Qui se raconte de port en port, d'ile en ile, racontée éternellement par tous les capitaines curageux de la Terre .

1900, c'est l'enfant qui fut sauvé de la Terre, un enfant mystere. Il est extraordinaire, il ne ressemble qu'à lui même. Il est voyant. Poète donc, musicien. Il est musicien. 
Il compose des mondes, éternellement amoureux. . 

« Dans les yeux des gens, on voit ce qu''ils verront, pas ce qi'ils ont vu. » 

Artiste 1900.

Voilà l'enfant voyage, l'orphelin des naufrages .

 Il ne descendra pas à terre, trop infinie, trop vaste.

 La terre immense point d'arrivée, et pour finir d'achevé. 

Non Danny c'est l'enfant qui appartient au monde qu'il a lui même créé. 

Il est l'enfant évasion. 

L'histoire est sublime, terriblement inhumaine, c'est sans doute la note étrange de ce livre. 
Dany est à la fois la définition parfaite de ce qu'un humain devrait réaliser et c'est parce ce qu'il est justement tel qu'il est il n'est pas humain au regard du reste de l'humanité. 

Dany le merveilleux, le tendre et merveilleux. Si malheureux , le courageux, l'espiègle, le victorieux. 

«  Au cul le règlement !!! », oui Dany. 

Et «  au cul la guerre » !!!!, 

oui Dany.

Mais est ce qu'ils le savent là bas en basse terre ? Est ce qu'ils entendent ?

Je tombe rarement en amour pour des personnages de la littérature. Mais Dany est depuis la lecture de ce livre dans mes pensées. Mes pensées ne sont pas des navires fantômes. 

Dany est vivant je le sais. 

Quelque part il est vivant, en chacun de nous. 

Il suffit de tendre l'oreille, celle près du coeur, l'oreille qui bat la mesure de nos émois. Près de notre grande salle des machines.

Barrico est un incryoable géniteur. Il a donné naissance à Dany sur le plus grand des bateaux.

Il ne l'a pas abandonné sur les flots, il leur a confié. Nous n'avons pas à le recueillir. Dany préfère ne pas venir. Pour le voir il faut accepter d'embarquer. 


Dany voyage, pour l'éternité. 

1900, c'est un question de temps, pas de lieu, pas d'espace, de temps, d'un nouveau temps  uniquement.


Merveilleux récit. Multiple et merveilleux.


...« Mais toi, tu viendras me voir, hein ? Sur la terre... »

lecture 09.2016
Astrid Shriqui Garain







jeudi 8 septembre 2016

A cette fin des anges cléments inventèrent... Josef Nad expose au Collège des Bernardins à Paris




      " A cette fin des anges cléments inventèrent et proposèrent souvent des figures, caractères, formes et paroles inconnus de nous les mortels. et merveilleux et dépourvus de sens selon l'usage habituel de la langue, mais nous induisant, à travers la plus haute admiration de notre raison, à une recherche assidue des choses intelligibles, puis à la vénération et à l'amour de ces mêmes choses".

Johannes Reuclin, de arte caballistica, Hagenhau, 1517-III



    Tenter de  faire part de son émotion.

     C'est faire appel à nos cellules miroirs.  

                              Cellules :  Obscurité.

                               Miroir : la lumière. 

                           Camera obscura. 

 
                      Émotion du geste, 


                             du lieu, 


                               de la respiration, 

                        du silence, de la pierre, 

                                               de la grâce , de la lumière. 

              L' émotion enfante le sentiment du partage.  

              besoin de reformuler l'émotion , "l' empreinter", donner lecture.  
  

                  Le geste : les photogrammes de Josef Nadj













                          Le lieu : 

               l'ancienne sacristie du Collège des Bernardins à Paris 


photographie © Astrid Shriqui Garain - 09.2016
photographies © Astrid Shriqui Garain - 09.2016





                        la respiration : 

                        la lumière plongeant dans la pierre 
                        rebondissant, resplendissant   sur chaque "lettre" que 
                        prononce l'artiste. 

                        Un élan, un rythme.  une danse fait d'herbe, de paille, de limbe, 
                        de peau, de graines, et de panicules. 


                         Le souffle de l'inspiration, l'extase de la révélation. 

                        Respiration. Grâce, lumière , élévation.  
    
                        Silence. Contemplation









                  C'est comme cela que l'on construit sa maison, 
                  en élevant les pierres par des gestes qui suivent la lumière 
                  c'est un peu comme cela que je la vois.
 

                 Les photogrammes de Josef Nadj provoque une charge d'émotions.
                 Une recharge plus exactement. 
                 Il fait  apparaître au delà de ce que nous voyons, supposons,
                 déterminons, évaluons, croyons savoir. 
                 Quittons le monde du "tout savoir". 

                 Entrons dans un infiniment aimable ressenti. 

                Me  revient alors en mémoire les gestes de Fabienne Verdier. 
                Concorde-danse.   

                 Un monde existe. D'autres mondes existent et cohabitent. 
                 Un ensemble , un crépitement, un bruissement, et lorsque la lumière
                 est considérée comme une révélation et non comme un révélateur
                 alors il est possible que la poésie du monde nous parvienne. 

                 Que l'amitié, l'amour nous parvienne. 
    
                 De l'infiniment petit, du plus léger, du plus transparent, du plus  
                 insoupçonnable, il y a intelligence d'un même langage .

                 C'est ma conviction.

                 Concorde - danse .  réciprocité, multiplicité, abondance,
                 reconnaissance . Tout est extrêmement fin et relié. 
                 

                Bien sur évidement les artistes ne cessent, et ne cesseront jamais 

                de le reformuler encore et en corps.  

                Chasseurs - cueilleurs arpentant sans relâche les mondes. 

                Établissant ainsi  la carte in-finie de la connectique 

                d'un même langage.  Mi anges- mi abeilles.  L'art produit notre miel.
  
                Chacun à leur façon, chacun avec leur propre lumière.
               
               C'est comme cela qu'on élève une maison dans laquelle devront

                vivre tous les hommes.  

                 Oui, Cher Vassili, vous ne cessez pas d'avoir raison.: 

                 il y a "belle et bien" du spirituel dans l'art. 

               Cette exposition se terminera le 22 septembre 2016. 
               
               L'accès est libre.  

              
               Dans l'ancienne sacristie le moine Gunther vous accueillera. 

               Il dort mais il me semble qu'il veille à la fois. 


                Bonne exposition à vous. 

               

                Astrid Shriqui Garain - 08.09.2016 

 




Pour toute information sur le travail de Josef Nadj : 
Bureau Plato, 01 43 38 56 63
contact@bureauplato.com 





              

mercredi 7 septembre 2016

La toile de Judée







Près de la croisée revêtue de cette toile
Que j’aimerai croire de Judée,
Tu respires,
Et je suis en attente.
Seul le jour viendra te découvrir
Quant à moi je ne bougerai pas.

Ma toile est vide et je me remplis de toi.
C’est l’instant qui se présente
Un instant qui ne reviendra pas.
Mes sandales sur la dalle éliment le silence,
Et mes yeux d’azurite s’égarent en contours.

Tout cela ne nous appartient pas.

C’est par la blancheur de tes traits,
ou par le jeu de tes paumes
Que me viendra le besoin de teindre
Cet espace dans lequel je me débats.

La lumière à présent se déverse sur toi.
Je vais te deviner et le silence se fait.
Une ligne sur ton front me laisse imaginer
Et toute l’intensité de ce temps anhèle sur le monde.

C’est l’instant qui me choisira.

Apparaîtra alors l’étrange triomphant
Au cœur de cette violence que je déposerai en offrande.
Près de la croisée revêtue de cette toile
Que j’aimerai croire de Judée,
Tu me délivres bien plus que tu ne le crois.

Toi qui me livres ton humanité avec toute la grâce
que pourrait revêtir cette toile en tombant à mes pieds.

Je sais à présent l’espace
Et ne crains plus de le traverser.

                                                             © Astrid Shriqui Garain, 03.2011

Extrait du recueil « Ynys Avallach »,
Les éditions du Littéraire – La bibliothèque de Babel
juin 2014 – ISBN-13 : 978-2919318223

JO , Josef Hofer , lecture l'oeil de l'histoire 3 ,Hélium , hydrogène et histoire de l'art, Michel Thévoz - dvd Zadig productions.2015







de l'artiste Josef Hofer , dessin sans titre, 2006
mine de plomb et crayon de couleur sur papier


Jo

Coincé entre le bord et le cadre 

je ronge mon miroir dans l'image.


J'ai le regard en pelote de laine noire

dans un corps- bouilloire

j'agite la poupée brouillard

pensées au foutoir

idées au bazar

j'ouvre la boite

ça déborde du cadre.


je suis debout

vivant,

terriblement tordu 

douloureusement vivant 

hors cadre

hors norme hors champ 

je suis le sexe plume

de mon sexe temps

des pas et des mesures


je suis Jo

je me déplie

et j'offre ma gueule et mon têtard

à toutes les potences de vos regards

je suis laid

je suis bot

je suis Jo

Je suis sorti du hasard

regarde

on se ressemble comme deux gouttes d' Ho. 



Astrid Shriqui Garain ©  09.2016 





"D'origine autrichienne, Josef Hofer est né à Wegscheid, en Bavière. L’enfant ne fréquente aucune école et vit dans l'isolement de la ferme familiale. Pendant près de quarante ans, Josef Hofer, qui est sourd et muet, n’établit aucun lien social. En 1982, à la mort de son père, tourneur sur bois, il emménage avec son frère aîné et sa mère chez une cousine, et sort peu à peu de sa claustration. Par la suite, il devient pensionnaire de diverses institutions psychiatriques en Haute-Autriche. Depuis 1992, il vit dans un foyer et fréquente un atelier de création. Le dessin, qu’il pratique depuis 1985, constitue son unique moyen d’expression.
Josef Hofer pose un regard radiographique sur les êtres et les choses, proposant une diversité de points de vue dans une même composition.
Sa production est consacrée à la représentation d’objets, à celle d’espaces intérieurs ou extérieurs, mais aussi à la figure humaine, qui est son thème de prédilection. Les corps nus affichent des poses où la sexualité joue un rôle déterminant." - Collection de l'Art brut Lausanne - Suisse