mercredi 19 avril 2017

inclinations 2014-JO25



 inclination 1-© - infographie sur monotype - Astrid Shriqui Garain









 inclination 2-© - infographie sur monotype - Astrid Shriqui Garain






inclination 3 -©- infographie sur monotype - Astrid Shriqui Garain





inclination 4-© - infographie sur monotype - Astrid Shriqui Garain




 inclination 5 -©- infographie sur monotype - Astrid Shriqui Garain





 inclination 6 -©- infographie sur monotype - Astrid Shriqui Garain





mardi 18 avril 2017

les fruits de cette table

Photographie de Christian Coigny ©. Argentique.

 Aimables fruits de cette table
tous les jardins demeurent
et mon sourire y rebondit.
Il n'y a point de bonne joie qui ne grandisse
ni de régal sans passion.
Si parfois une nature brûle comme le diable
c'est simplement qu'elle nous montre le chemin de la vie.

 Astrid Shriqui Garain -©" les fruits de cette table". 



Thésée

parametric facial animation created at the University of Utah in 1974

Thésée apprend et souris danse
tourne et rompt son errance
Thésée se plante
s'échine - s'échèque
en petite infractuosité blanche
rouage du silence
elle avance mais ne progresse pas
Thésée réfléchit son erreur
elle tourne, inaugure
peut être ici
clic peut être là
clac la voilà- passé sans rage

scrute Thésée
de ce lien de connaissance
cherche la clé
la souris danse
tourne et rompt son errance
Thésée ne garde aucun souvenir
que sait-elle ?
Elle sait oui ….
elle sait non
pile ou bien face
ni destin ni hasard
ils sont décommandés
Thésée ignore sa résistance
pourtant seule question d'équilibre
Thésée s'en cogne, on, off
elle se rappelle d'elle même
elle ne se questionne pas
mais interroge
sait oui
sait non
elle affirme,
elle enregistre , confirme
elle se câble
elle trotte infirme
mais ne rêve pas, ne doute pas
Thésée n'invente pas
elle note
elle est tenue à sa leçon
même pas à un fil
elle s'informe
n'anticipe pas
et ne colère pas
0 ou 1
elle s'y cogne
Thésée n'est jamais plus qu'elle même
et jamais moins
organe mécanique
un cerveau machin machine
biface, binaire
ouvre ferme
elle se détourne
impulsion sans émotion
elle ne se retourne pas
entre les deux je te coupe les doigts
qu'importe tu ne souffres pas
ultime
finale
elle peut mais ne désire pas
elle doit
ce que Thésée ne pense pas
elle fonctionne mais ne marche pas
voilà le cerveau content
Voilà donc Thésée comme on la mène
dans une fourmilière
sans peur pas à pas
On va -telle ? Et pourquoi ?
Thésée s'en cogne,
c'est un jouet.
intelligente mais artificielle
Thésée ton goût est de papier mâché.
Astrid Shriqui Garain, "Thésée"


dimanche 16 avril 2017

entre la table et la chaise




céramique de Jean Lurçat

J'ai tenu deux jours,
deux jours à peine
entre la table et la chaise
j'ai tenu
deux jours
pris dans ma graine ils n'étaient
pas choses terriennes
j'ai tenu ces jours contre ma chair
les ai laissé se nourrir en ma tête
quelque son devait déplier une lettre
rien encore
ni corps ni feuille
ni blanche ni cercle
au début
et ce n’est pas question de lumière
au début je savais
et je ne voyais rien

au début je ne connaissais pas les mots
la nuit était moi
le silence était moi
rien n'avait de nom
rien n'avait de sens
et pourtant tout était
en moi je savais
entre la table et la chaise
une force qui grandissait
ni poids ni force
une chose altière
le sentiment d'un air
un début
non
avant le début
bien avant que ce que nous nommons
ne vienne sur la montagne remercier le néant
avant le début
l'éclat d'une certitude
répandait une coupe
j'ai tenu deux jours
maintenant c'est présent
maintenant je sais
c'est présent
mais avant
avant que
mes yeux palpent
mes mains touchent
mon ventre bouge
que ma bouche ne s'ouvre
avant que ma langue mélange
et que mes lèvres m' autrent et m' étrangent
je savais qu'entre la table et la chaise
me perçait un chemin
J'ai tenu
à deux jours,
deux jours à peine
et puis les sons ont fait cercle
leur cercle a fait comme une voile
lancée au triangle de mon corps
Alors j'ai su
j'ai su que cela bougeait
comme le tremblement d'une feuille
que je ne savais pas nommer
les mots n'étaient pas encore
ils étaient dessous la peau
fracture labiale je devinais
et dans ma tête cette chose
qui n'entrait pas
ne sortait pas
mais se fécondait
j'étais la nuit, j'étais silence
j'étais longue, coupante, luisante
ronde, brillante, fuyante
comme une lame
plantée
entre l'arabesque d'une table
et la vague d'une chaise
J'ai tenu deux jours comme m'égraine
une craquelure entre la table et la chaise
j'ai tenu
deux jours
à cette flamme
liquide et impalpable
j'ai tenu ces jours sous ma chair
les laissant forger un regard
déroulant un fuseau
une étincelle de sons dans une gorge de lumière
le premier mot prononçait
Deux cratères s'étaient ouverts à ma tête
rien ne s'écoulait
ni le temps ni mon sang
Le premier s'est présenté
mes mains l'ont touché
mon ventre le bougeait
à ma bouche ma langue s'est balancée
mes doigts sur mes lèvres voguaient
il respirait en transparence de ma sève
Je n'avais sous ma peau plus que mes muscles
plus que mes os
et dans ma tête tout faisait cercle
comme multitude en présence
J'ai tenu deux jours
on dit comme cela,
comme tu le penses
deux jours...ce sont des vies
pourquoi remplir leur sens d'un présent ?
Cela n'a aucune im-portance
puisqu' entre la table et la chaise
germe ce qu'aucune île ne perd.

Astrid Shriqui Garain, "entre la table

samedi 15 avril 2017

l'Homme approximatif - Tristan Tzara



l'Homme approximatif - Tristan Tzara




dimanche lourd couvercle sur le bouillonnement du sang
hebdomadaire poids accroupi sur ses muscles
tombé à l'intérieur de soi-même retrouvé
les cloches sonnent sans raison et nous aussi
sonnez cloches sans raison et nous aussi
nous nous réjouirons au bruit des chaînes
que nous ferons sonner en nous avec les cloches
quel est ce langage qui nous fouette nous sursautons dans la lumière
nos nerfs sont des fouets entre les mains du temps
et le doute vient avec une seule aile incolore
se vissant se comprimant s'écrasant en nous
comme le papier froissé de l'emballage défait
cadeau d'un autre âge aux glissements des poissons d'amertume
les cloches sonnent sans raison et nous aussi
les yeux des fruits nous regardent attentivement
et toutes nos actions sont contrôlées il n'y a rien de caché
l'eau de la rivière a tant lavé son lit
elle emporte les doux fils des regards qui ont traîné
aux pieds des murs dans les bars léché des vies
alléché les faibles lié des tentations tari des extases
creusé au fond des vieilles variantes
et délié les sources des larmes prisonnières
les sources servies aux quotidiens étouffements
les regards qui prennent avec des mains desséchées
le clair produit du jour ou l'ombrageuse apparition
qui donnent la soucieuse richesse du sourire
vissée comme une fleur à la boutonnière du matin
ceux qui demandent le repos ou la volupté
les touchers d'électriques vibrations les sursauts
les aventures le feu la certitude ou l'esclavage
les regards qui ont rampé le long des discrètes tourmentes
usés les pavés des villes et expié maintes bassesses dans les aumônes
se suivent serrés autour des rubans d'eau
et coulent vers les mers en emportant sur leur passage
les humaines ordures et leurs mirages
l'eau de la rivière a tant lavé son lit
que même la lumière glisse sur l'onde lisse
et tombe au fond avec le lourd éclat des pierres
les cloches sonnent sans raison et nous aussi
les soucis que nous portons avec nous
qui sont nos vêtements intérieurs
que nous mettons tous les matins
que la nuit défait avec des mains de rêve
ornés d'inutiles rébus métalliques
purifiés dans le bain des paysages circulaires
dans les villes préparées au carnage au sacrifice
près des mers aux balayements de perspectives
sur les montagnes aux inquiètes sévérités
dans les villages aux douloureuses nonchalances
la main pesante sur la tête
les cloches sonnent sans raison et nous aussi
nous partons avec les départs arrivons avec les arrivées
partons avec les arrivées arrivons quand les autres partent
sans raison un peu secs un peu durs sévères
pain nourriture plus de pain qui accompagne
la chanson savoureuse sur la gamme de la langue
les couleurs déposent leur poids et pensent
et pensent ou crient et restent et se nourrissent
de fruits légers comme la fumée planent
qui pense à la chaleur que tisse la parole
autour de son noyau le rêve qu'on appelle nous
les cloches sonnent sans raison et nous aussi
nous marchons pour échapper au fourmillement des routes
avec un flacon de paysage une maladie une seule
une seule maladie que nous cultivons la mort
je sais que je porte la mélodie en moi et n'en ai pas peur
je porte la mort et si je meurs c'est la mort
qui me portera dans ses bras imperceptibles
fins et légers comme l'odeur de l'herbe maigre
fins et légers comme le départ sans cause
sans amertume sans dettes sans regret sans
les cloches sonnent sans raison et nous aussi
pourquoi chercher le bout de la chaîne qui nous relie à la chaîne
sonnez cloches sans raison et nous aussi
nous ferons sonner en nous les verres cassés
les monnaies d'argent mêlées aux fausses monnaies
les débris des fêtes éclatées en rire et en tempête
aux portes desquelles pourraient s'ouvrir les gouffres
les tombes d'air les moulins broyant les os arctiques
ces fêtes qui nous portent les têtes au ciel
et crachent sur nos muscles la nuit du plomb fondu
je parle de qui parle qui parle je suis seul
je ne suis qu'un petit bruit j'ai plusieurs bruit en moi
un bruit glacé froissé au carrefour jeté sur le trottoir humide
aux pieds des hommes pressés courant avec leur morts autour de la mort qui étend ses bras
sur le cadran de l'heure seule vivante au soleil
le souffle obscur de la nuit s'épaissit
et le long des veines chantent les flûtes marines
transposées sur les octaves des couches de diverses existences
les vies se répètent à l'infini jusqu'à la maigreur atomique
et en haut si haut que nous ne pouvons pas voir avec ces vies à côtés que nous ne voyons pas
l'utltra-violet de tant de voies parallèles
celles qui nous aurions pu prendre
celles par lesquelles nous aurions pu ne pas venir au monde
ou en être déjà partis depuis longtemps si longtemps
qu'on aurait oublié et l'époque et la terre qui nous aurait sucé la chair
sels et métaux liquides limpides au fond des puits
je pense à la chaleur que tisse la parole
autour de son noyau le rêve qu'on appelle nous


Tristan Tzara

jeudi 13 avril 2017

comme une algue ma cendre

"Cosmogonies",© gravure de Cécile Reims, 1959 
  
Comme une algue , ma cendre
à peau menue, un écheveau

Comme une ancre , mon geste.

Mes yeux vont comme des îles perdues.

Ces cils, mon âme, d'une petite pointe tenue,
tressent la vérité de ma chair d'une parole tendue. 

Comme un pétale, ton geste
à notre choeur venu
Comme des arbres mon âme

Sais -tu qu'ici à des rives sans sommeil
tu viens de donner l'encre du ciel ?


Astrid Shriqui Garain , ©, "comme une algue ma cendre"




le sujet d'une image



Par quelle impression pourrait-on empreinter 

le  signe qui nous perçoit? 



L’image n’est qu’un jeu d’adresse.


 Un je que je recherche. 

" son chapeau 
est blanc
sa moustache est blanche 
sa chemise, son pantalon et ses souliers 
sont, sans aucune tache, tout aussi blancs
Ainsi que ses cheveux, du reste
son visage est invisible
il est si blanc, qu'il est irréprochable 
c'est vous ou moi, ou bien 
celui qui a du mal à percer le nuage
du négatif d'une photographie". 
Marc Pietri, le troisième livre de la jungle, extrait. 
 





Une perte que je dépose 

à cette image 

qui ignore l’incomplétude qui me 

dévore et qui se nourrit du regard que je lui porte.



 Je suis le sujet d’une l’image 

devant un verbe qui me transporte. 






point de vue en angle mort. 
   

Expositon Peter campus, video ergo sum, jeu de Paume Paris, avril 2017. 


Astrid Shriqui Garain 

préludes de la forme




Préludes de la forme, infographies, ©, Astrid Shriqui Garain

EXHOS

























EXHOS , infographies  ©, Astrid Shriqui Garain 

le monde est un miroir

Le monde est un miroir© - Astrid Shriqui Garain


mercredi 12 avril 2017

le saule

Saule pleureur de RANDALL C. 


 A la caresse du vent , son livret de lumière ouvre le cercle.
De ses bois souples et de son faite
un saule pleut à l'écriture de la terre.
En écarquillant ses branches dans l’œil du ciel
il courbe là
sans renoncement.

Astrid Shriqui Garain, "le saule "


 

mardi 11 avril 2017

memo mélange



Photographie Astrid Shriqui Garain , " lange", 


Un souffre-venir qui se referme
et qui coule sa lumière dans la chair. 

Toucher le lit de ton sourire

fil courir à cette pluie me revenir
poursuite à la mémoire de l'écho
 
méli mélo silence étrangle
méta des mots mémo étrange
 
une pensée ne peut suffire
bruire ou bien survivre
 
Ce souffre-revenir
qui ne cesse de m'ouvrir
et qui creuse de lumière dans le creux de mon cerveau.

 

Astrid Shriqui Garain, "mémo mélange",  

 

Un minuit que jamais le regard, là ne trouble, Edgar Sarin au Collège des Bernardins- Paris



« profaner, c'est restituer à l'usage commun ce qui a été séparé dans la sphère du sacré », écrit Giorgio Agamben.  

Profane est celui qui ignore. Il y a un peu de cette résonance là, de cet air là,  dans l'exposition d'Edgar Sarin. 

Peut-on parler d'exposition d’ailleurs. Exposer c'est faire connaître. Mais considérant la demande de l'artiste faite au public, à notre commun de mortels, je garde le terme : exposition. 

Jeu exploratoire, jeu de cache cache, coulisse, antre préparatoire. L'initiateur nous expose.

L'objet du regard poursuit son sujet. 


Exposition, expérience presque divinatoire. 
Le lieu, le collège des Bernardins, est un espace consacré. 

Exposer, prendre le risque. 

«  une exposition n'a de sens que lorsqu'elle met simultanément son initiateur et le visiteur en péril" . 

Dialogue entre l'initié et le novice. 

L'ancienne sacristie dans laquelle se tient l'espace est à l'origine un lieu de coulisses où les prêtres se préparaient avant les célébrations. Lieu d'initiation donc.  

Initiation : l'espace de notre réflexion. 



Cette exposition est mouvante, elle s'inscrit dans un espace temps qui lui est consacré. 

 Chaque semaine, Edgar Sarin invite quelques personnes choisies à s'enfermer dans la sacristie. 
Ensemble ils redonnent à l'espace un nouvel équilibre, ôtent, déplacent, transforment, élaborent.

Ces moments de concert-ation sont pris en notes. Notes enterrées après avoir été enfermées dans des capsules hermétiques en laiton , dans un lieu tenu secret, notes qui seront déterrées dans cent ans et versés aux archives du Collège.

Le temps donc. Archélogie préparatoire de la mémoire. Acte de Présence. 

Edgar Sarin est ingénieur,poète, plasticien, musicien et l'on ne peut rien soustraire. 

Forces, poids, contre poids, lignes et coulées.


Objets dit « anodins », communs, quotidiens, et qui se révèlent à notre individualité. 
Indivisible – dualité, invisible- particularité.

Vous ne pouvez pas tout voir, tout n'est pas dans l'espace que vous pensez consacré. Vous ne pouvez tout voir et pourtant semblez vous encore ignorer ? 

Que ce passe t il à ce minuit, mi-nuit, au clair obscur de l'histoire ? Il nous faudra s'en doute inventer, deviner. 


Alors le novice devra demain deviner...Découvrir, découvrir, recouvrir. Expérimenter. Risque le doute pour le doute, se tenir sur la corde raide, n'être retenu qu'à un fil. Ce fil tramerait il le chemin de toute pensée? 


 
Il serait présomptueux de vouloir penser, réfléchir dans sa totalité cette exposition.  
C'est une mise en réseau de propositions. La proposition de Sarin est de provoquer notre imagination et il y parvient. 

«  Si le but est important, le chemin emprunté pour y arriver l'est tout autant ». Et au détour de ce chemin quelques âmes viennent notre regard libérer. Chacun trouvera son chemin, chacun se perdra, erra, touchera et sera touché, détouré, projeté, et parfois rejeté.

Objets suspendus qui ne sont là qu'élévation de nos questions.

Surprises donc, formulation invisible d'un dialogue incessant entre l'ombre de la pensée et la lumière de l'esprit. C'est une expérience qu'il faut tenter.
Au devenir, nos poids ne seraient-il pas que de simples points de suspension ?
Voilà comment on pourrait formuler toute question. 





Astrid Shriqui Garain, avril 2017.


lundi 10 avril 2017

Soleil de face


Photographie de Sarah Boutinon-Tharse, "face à la foi", ©
Saint-Sépulcre, Jérusalem, Israël, 2015.


 Si tu pousses ma porte déchausse toi de la mort. 

entre et demande moi
si le silence d'un tombeau à la valeur du ciel. 

Si tu t'ouvres à moi
c'est que que tu portes en toi
toujours une fenêtre. 


Sur l'océan de ta mémoire
l'innocence de ta sagesse
entrouvre la parole de mon berceau.

Si tu pousses ma porte
c'est que le livre des rivières
aura su te détourer de l'ignorance de la rue.

Si tu pousses ma porte
c'est que la vie nous embrasse
le soleil de face nous fera nue.
toi, moi,
...cette inconnue.


Astrid Shriqui Garain, Soleil de face,  ©

J'accorde


"sur mon village bleu", Astrid Shriqui Garain . infographie.


J'accorde à ton nom mon village montagne
une pierre de sienne et l'inconnu des ruelles
J'accorde à ton visage l'avril
cette place d'une main offerte
à tes cils d'enfants s'ouvrant sur la mer

J'accorde à ma vie ton image
recueils en rocailles
brise respire au silence d'une voie
et la lumière d'une haleine
j'accorde à mes pas les marches
d'un dôme brillant
d'une colline en regard
plongeant la poussière d'un désert dans l'océan de ma chair
J'accorde à nos corps
toutes les écorces d'un être
mille jardins-ivres d'or
renaissant à nos veines
J'accorde à cet arbre
le partir d'un hiver
chargé d'espoir
vers des îles secrètes
accrochées au possible des siècles
j'accorde à ta vie
la raison de la mienne
comme la vivance d'une lampe
posée aux bords de mes lèvres
J'accorde à cette adresse
l'espace d'un abri
comme couleur d'un fruit
née dans la nuit de sa graine.


Astrid Shriqui Garain, " J'accorde".

dimanche 9 avril 2017

les oiseaux de l'exil

Photo : siaz.



Les oiseaux de l'exil sont venus me dire le désordre de la mort.
De ma cime profane j'ai
vu de mes mots j'ai
entendu
de leur yeux j'ai
touché
de leur bouche j'ai
aimé
au bouleversement de ma chair
j'ai renversé mon ordre
et au sept doigts de ma main j'ai
vu la lumière appeler le soleil.
Ainsi, nous sommes retournés
versant du jour
sans feu
soufflant
sans heurt
riant
de cet ensemble sans peine. 



Les oiseaux de l'exil, Astrid Shriqui Garain 
 

lundi 3 avril 2017

mes yeux sont des oiseaux

Photographie de Mario Cravo Neto
Lua holding egg II - Hommage à Brancusi, 1992
silver print 40 x 40 cm .



Mes yeux sont des oiseaux. 

En de soupirs chroniques
ils s'ébattent de stupeur
et boitent à l'écoule du jour.

Ils courent tournent entendent et s'échardent
aux lueurs giratoires d'un fleuve.

Mes yeux sont des oiseaux. 

Ils piaffent leur faim à de statiques aurores ,
comme foule danse à l’aumône des couleurs. 

Ils tombent roulent et s'ouvrent
pour quelques vers pour quelque lettre
quelques morceaux de mots
miettes tombées de leur ivresse
sous licence de leurs graines. 

Échappés du thorax de la ville
mes yeux sont des oiseaux
que mon pas dessine
que mes poings décrivent
et que l'espace décalibre. 

Astrid Shriqui Garain, "mes yeux sont des oiseaux. "
 

de l'aube jusqu'au moulin


Texte sur une aquarelle de Marcel Renaud

lundi 27 mars 2017

V heures

 "V heures" . Infographie. Astrid Shriqui Garain 



V heures . 
La nuit est encore 
la voiture s'avance . 
Face au théâtre elle s’arrête.

V heures. la nuit est encore. 

Une femme s'en sort. 
De ces V heures, à sa tête le jour lui donne la pièce. 
V heures pile et l'enfant sort. 

A peine si elle marche 
elle bringuebale son corps. 
Une femme pose sur la dalle l'enfant qui ne dort pas. 
V heures. la nuit est encore .

Elles marchent. 
L'une se dévissant de l'autre. L'autre se hisssant à l'une. 
Toutes deux différentes de leur sort. 
Toutes deux détournées de même nuit. 

V heures. 
La ville est toujours 
mais en corps 
la ville baisse un regard. 

Leurs volumes cherchent la lumière. 
Attendue par une ombre, elle saisit deux inconnues. 

V heures cinq. 
la nuit est encore . 
Faces au théâtre, la voiture repart et brouillonne une façade. 

Là, ici, encore rien ne sonne.




                                             "V heures" , Astrid Shriqui Garain






vendredi 24 mars 2017

trompe de lune



"Trompe de lune", infographie, Astrid Shriqui Garain
                                                                             

Un rayon trompe de lune posé sur le bord d'un trottoir
d'un appel , d'un néon, d'une grille,
plus loin
d'une affiche
Plus haut
d'un murmure
Plus bas
c'est un mur.

La ville revient croire
Elle a quatre heures
le carré dans son astre pointe son quart
à chaque témoin du soir se nouent les retors de l'histoire.

D'une caresse d'orage dans un canal de mémoire
tu viens planter un doigt dans l'oeil du monde
qu'il tombe qu'il roule qu'il s'ouvre
un peu plus loin
un peu plus bas
et puis il fermera sa chambrée sans doute.
Une lampe lui servira de source.

Tomber du puits
à demi jour et tour à tour
et de ses dents sur le carreau
un voyage de commerce creuse sa route
il repointe la mine.
Son rail dessine sa bouche
ta parole se réglisse
se glisse,
se lisse...
Marche de pieds
Bon jour en chaussée
le soir en poing de côté
Ton œil pioche sa monnaie

Tu n'as pas idée de la nuit
Ni de sa place,
ni de son île
La penser serait un peu l'aimer

Ton œil s'est fermé
il tourne autour du vide
comme cette pièce de monnaie.
Il n'écoute rien de la musique

De tes mains tu parles de hasard.
et de tes rêves…de tes rêves ?
Qui peut vraiment savoir sans se douter ?


                                                   Astrid Shriqui Garain., Trompe de lune

jeudi 23 mars 2017

"Il fallait bien qu'un visage ", Paul Eluard


"Ma palette",  Infographie, Astrid Shriqui Garain

" Il fallait bien qu'un visage réponde à tous les noms du monde " 

Paul Eluard. Capitale de la douleur.












jeudi 9 mars 2017

De grande Blesse

"Pripiat - Ukraine - Piano abandonné ", Les enfants de Tchernobyl, livre DVD.



Je reviens de grande Blesse.
J'ai élevé mon corps à sa dureté, à ses aspérités.
À ces larmes double-plancher qui font craquer toute victoire prononcée.

J'ai quitté son antre
et reviens pourtant coudre certaines nuits sous son adresse.
Je sais le lieu inhabitable.
J'y retrouve portant,
un assez de place pour m'y laisser tomber.

J'y reviens, croyant toujours aux mirages, et dans mes rondes,
J'écris ces mots entre volets. 

Je parle de grande Blesse.
Entre filet d'une infinité d'amour broyé, de temps oubliés, manqués,
je pleure de pas perdus et de départ refusé. 

Je marche dans la Blesse,
retournant chaque objet à l'encontre de mon sujet.
A l'envers du monde je vois parfois danser quelque tendresse.
C'est un bruit de pas qui crochète mille portes dans ma tête.

Ou bien c'est l'ombre
qui se projette, 

Ou le vide
sous le plancher.

Ou encore cette chair caresse
comme un soleil de linge témoin, déposé. 

Je viens de Grande Blesse
c'est une heure sans quart
juste cet espace où s'arrête mon regard
Un blanc, l'écho-page de mes phrases,
linceul soulevé de mémoire
une toile tissée au salon de l'histoire
qui de mal
sait toujours me trouver.
et que de beau
je laisse tomber. 

Oui, à cette heure, j'en reviens.
Et je pousse de nouveau chemin, 

Toute ma présence s'est habitée.



© De grande Blesse, Astrid Shriqui Garain

samedi 4 mars 2017

Le manoir d'Ango





L'aire de la bâtisse est grande et les lignes sont profondes.
C'est le matin , du moins, nous le pensons.

Au reste s'attarde encore un peu de nuit,
puisqu' à la demie du ciel, se fait déjà le tour.

La lumière remonte la grille d'une arcade.
Elle semble dessiner un losange dans le carré de l'ombre. 

Midi dresse ses voiles,
c'est un mât qui lui servira de donjon.

Un homme marche,
à sa longe : c'est un chien.
La halle perce son regard.
A l'entrée de la cour
une pierre questionne sa muraille.

Au nu d'un mur, n'importe quel l'ensemble encadre sa fenêtre.

Vingt cinq centimètres par vingt neuf centimètres et demi.
J'entends encore le battement de la pluie.

La petite plaque d'argent s'ajuste à cet instant :
« Lithographie exécutée par G. Engelmann ». 


Astrid Shriqui Garain  ©