mercredi 16 août 2017

Le cénotaphe de Newton de Dominique Pagnier , Gallimard





Étienne-Louis Boullée, Projet de cénotaphe à Newton, vue en élévation, 1784.

Vue intérieure


""Esprit sublime! Immense et profond génie! être divin! Newton! Accepte l'hommage de mes faibles talents… Ô Newton!… J'ai eu l'idée de t'entourer de ta découverte, et ainsi, d'une certaine manière, de t'entourer de toi-même." 



"Comme en témoignent son envolée inhabituellement lyrique et son projet sublime, Boullée, comme bien des membres de sa génération, était fasciné par la physique newtonienne. Quant à son travail, il illustre à merveille les caractéristiques de l'architecture à la fin du XVIIIe siècle : de grandes masses simples, exemptes de toute décoration inutile, et "une architecture parlante", c'est-à-dire des bâtiments dont les formes expriment la fin. Le sarcophage de Newton repose sur un catafalque surélevé, et l'effet de nuit résulte de trous percés dans la voûte qui filtrent la lumière naturelle, donnant l'impression d'étoiles qui brillent à travers la lumière. L'effet de jour est créé par une lampe placée dans une sphère armillaire suspendue au centre du globe. " ( source Bnf )...


Thomas More avait ,dans Utopia , projeté son rêve :  le rêve d'une île de sagesse. 
Un lieu qui n'existe pas....Une arche de félicité et de paix, comme le dernier navire d'une nouvelle humanité. 

Il ne fut pas le seul à projeter ses rêves. Il faut bien un peu rêver aux sommets pour espérer toucher le ciel.... 

Le cénotaphe de Newton...un roman qui, personnellement, m'a embraquée, transportée...


" Hast du etwas Zeit für mich,
dann singe ich ein lied für dich 
von 99 Lufballons
au irhem Weg zum Horizont. " 



"Si tu as un peu de temps pour moi,
Je vais te chanter une chanson,
celle des 99 ballons
et de leur envol vers l'horizon" 




Evasion de Berlin est : Deux amis, un mécanicien et un maçon, ont construit un dispositif à air chaud avec des bouteilles de propanes pendant que leurs femmes réalisaient la toile du ballon. En Septembre 1979, les deux couples s’envolent avec leurs quatre enfants et passent la frontière à 2400 mètres d’altitude  




Berlin- Dome du reichtag


Alors, le temps le prenons. Saisissons le, à défaut de pouvoir l'arrêter.  

La vie est parfois ...un rêve parfois... une malédiction. 
Le monde est un théâtre. "Deus ex machina"...ou  "diabolus ex machina" . 
Que devient une utopie lorsqu'elle tombe entre de mauvaises mains ? 
que devient elle ? une folie, une effroyable machinerie ? 
comment y survivre ? 
 


Considérerons nos villes, nos temples de pierre, nos colonnes, nos places se vider, se remplir, nos murs s'ériger, se dresser, se lézarder, s'effondrer,   voyons nos avenues défilées...défilées dans nos mémoires éffilochées.
les vainqueurs, les vaincus...qu'en restera t il lorsque les siècles se seront succédés ?. 
Que lira-t-on dans les vestiges des ruines ?

murmures fantômes dans le silence des murs...

 Le dôme de Genbaku était à l'origine le palais d’exposition industrielle de la préfecture d'Hiroshima. Il est devenu le mémorial de la paix d'Hiroshima en tant que seul bâtiment à rester debout près du lieu où explosa la première bombe atomique, le 6 août 1945.

Diorama- berlin est 


"Les Ambassadeurs" de Hans Holbein le jeune 1533


Théâtre de papier, théâtre d'ombres, lanterne magique, cénothaphe, anamorphose, peinture, diorama... En filigrane revient le nocturama de Sebald.  Jacques Austerlitz , tu n'es jamais très loin.





                                       Newton (1795) de William Blake

les phases de la Lune de Galilée

Images, photos, cinéma journaux , rapports, archives, ...informations, délations... à l'affiche de nos vitrines brisées..que deviendra le reflet du passé? 

Caméra, camera obscura, qui a les clés de toutes nos cellules photographiques?    

De l'autre côté du mur, de l'autre côté de la rue. Question d'optique,  d'objectif
Vienne... un jour, Berlin....la nuit. 
Paris, Moscou,  Postdam, l'Espagne, Odessa, Prague, Auvers sur Oise...
 Les hommes passent à la vitesse de la lumière. 
Des coups de foudre, des coups de tonnerre en forme d'éclairs... 
comme les étoiles, filantes, brillantes, brûlantes. On les regarde et déjà elle ne sont plus. 
 
Les décors sont les mêmes. Toutes les questions portent en elles une lumière. 
Question de jour, question de guerre, question d'électricité ou de ballon dans les airs. 
La symphonie restera-t-elle inachevée ?  Die Unvollendete...

Comment ne pas penser aux prisons imaginaires de Piranese, à  Piranèse (1720-1778) - graveur des antiquités romaines, de  ces prisons de théâtres, à la folle démesure de tous nos enfermements, de nos abymes ?
Comment ne pas revoir ses gravures évoquant les antiquités romaines ? 



                    Piranèse (1720-1778) - graveur des antiquités romaines

Newton...tout gravite. 
Gravité vers un centre, attraction universelle. 
Les choses s'attirent. Attraction gravitationnelle, tout se rejoint.

Quel est donc le grand organisateur du monde ?
Newton, ou sa découverte ?  
 Quel est le plan ? Quel est le sens, la loi de la chute des corps ?    
Utopia...Germania...La démesure. La colossale, effroyable démesure. 
C'est le roman des utopies. de toutes nos utopies :  
Amour, passion, politique, idéologie, famille, enfance.
  Un jeu de miroirs , un véritable jeu de massacre.  L 'Histoire ne s'arrête pas. 
" c'est sur le palier du deuxième étage d'un immeuble de la rue Tiquetonne un jour de juillet 1783 que toute cette histoire a commencé..."

il sera 1997, à l'horloge du monde  lorsque nous tournerons la dernière page de ce roman. 
Rien ne peut arrêter les anguilles du monde. 
C'est l'histoire d'hommes et de femmes, d'une famille recomposée, décomposée, éparpillée. Des vies que l'Histoire transformera en destins. 
Satanés, sacrés, fichus destins. 
C'est plus de trois cents ans de notre histoire, de notre histoire européenne que Domique Pagnier nous fait traverser. 
Ville, architecture, mémoire, reflet, miroir...
Un plan, un cadre...
Un carré de tissu, une fleur,  un disque rayé, une musique, un parfum, un prénom, une carte témoin du tarot des destins ....et si tout était lié, relié par une force qui nous échappe ? Et si tout cela composait....
Newton...Boullée...et puis le grand Tournant. Tournant de l'histoire qui désaxe les pôles. L'axe  est/ouest n'est plus. L'équilibre reste à imaginer.
Quels sont nos murs, que sont nos rêves devenus....    

"Jusqu'à Gutembreg, l'architecture est l'écriture principale, l'écriture universelle"
 disait Victor Hugo,
alors quelle histoire, quel fantôme marchent dans nos ruines, qui parlent  ?

A la lecture de roman me sont revenus en et de mémoire non seulement le fabuleux roman "Austerlitz" de Sebald mais également deux livres d'Alain Fleisher, ( étonnant ce rapprochement constant de l'image et de l'écrit...) : "sous la dictée des choses" et "Alma Zara".
Oui étrange et étonnant, comme soudain on repense également aux histoires de fantômes pour grandes personnes, à la survivance que contiennent les images...
Comme si tous cela répondait à une attraction gravitationelle.

Mémoire, art, utopie, survivance, témoignage...Voilà quelques uns des grands sujets qui jalonnent ce roman.

Beaucoup de questions, et un besoin encore plus irrépressible de parcourir le grand Atlas mnémosyne du monde , comme avait su le composer Aby Warburg.








Plans for an underground nuclear shelter. paru dans You Are Here: NYC: Mapping the Soul of the City, publié par Princeton Architectural Press. FROM ESQUIRE, DEC 1969 / COURTESY JF PTAK SCIENCE BOOKS / COURTESY OF PRINCETON ARCHITECTURAL PRESS


Lichtgrenze : 8000 ballons lumineux recréent le tracé du Mur de Berlin




Centrale nucléaire de Fukushima, Japon , explosion d'un réacteur
     




https://www.youtube.com/watch?v=X8KFv61Fz6I

"Heute zieh ich meine Runden
Aujourd'hui je fais mes rondes
Seh' die welt in Trümmern liegen
Je vois que le monde est en ruine
Hab' 'nen Luftballon gefunden
J'ai trouvé un ballon
Denk' an dich und lass' ihn fliegen
Je pense à toi et je le laisse s'envoler"

99 Luftballons....


   Le cénotaphe de Newton, de Dominique Pagnier aux éditions Gallimard, rentrée littéraire 2017 : un étonnant moment de lecture, une quête, "une métaphore vertigineuse".

Opération Masse critique aout 2017 Babelio en partenariat avec les éditions Gallimard.

Astrid Shriqui Garain



   

  

   









     

lundi 26 juin 2017

peut-être toi



                                 USA. North Carolina. Wilmington. 1950. 
                               © Elliott Erwitt / Magnum Photos



Peut-être toi 
 
en corps à ce pavillon bleu,

le squate d'un ange dans l'horizon

d'une ville coupée en deux

cet arbre dans un arc floral

d'une forêt à ce silence qui se balance

aussi vitre

que le vent pousse des papiers crasseux

c'est un trousseau de clés qui fait noce

en quatre pas de deux

des mains qui font pinceaux à un carrefour en losange

un train qui gueule son rail à la grille d'une horloge

qui s'arrange un petit peu avec un soleil qui repose

la terre
sur cinq lettres de feu
comme une éponge sur la gueule des dieux

un pigeon chiant comme une madone

un hanneton en chemise blanche

qui donne des ailes au 105
Peut être toi

cet ours gris qui court comme on sourit

à cet arrêt qu'on choisit pas
et qui rend dingue

Peut être toi, aujourd'hui et
demain comme hier
ici, avant ou plus bas
et toutes les semaines

qui ne sont pas prêtes à être les dernières
peut-être toi

le rêve de l'enfant dans la tête de ce cheval

sous le pont des vitrines
cet oiseau
qui renverse une cage et s'élance comme un éclair

dans le détroit d'une mer noire
peut être toi

ces mots qui tendent vers la foule
les mains offertes

à ce jaune désert , dans un aéroport,
pour cette orange amère,
peut-être toi

ce navire si grand et trop rapide

qui dépasse du champs, qui déborde du cadre

ou cette lettre sur le banc,

cette porte ouverte comme sur un port,

à cette adresse qui s'efface,
à cette enfant sur le sable

et puis la ville qui porte une abeille

à son rubis végétal

Peut être toi en corps 
 
ces drapeaux-jours, cette lanterne d'or, ce bateau-mouche

le cliquetis d'une pluie comme une liste de courses

une phrase sans sa suite, un chien sans ses liens,

ce vélo qui ferraille, un piano qu'on déballe, cette roue qui s'emballe
peut-être toi blotti
dans son juillet de paille

au prochain hiver qui refait à neuf sa pagaille

le désordre des fleurs 

ou l' odeur de nos heures pour la sueur des livres
la poésie sait peut être ça ? 
 
peut être toi, et rien que ça 
 
toi 
et tout à la fois 
 
de la pierre au jardin et de tes pas vers les miens

la poésie sait quoi.

c'est quoi ?

C'est pour ça et comme le reste

La poésie sait ce qu'on regarde
alors demain peut être 

en serai-je  là.


Astrid Shriqui Garain, "peut -être toi" . 

vendredi 23 juin 2017

le don



 Photographie de GIORGIA FIORIO - , Inde, " le don"

                 Astrid Shriqui Garain, "le don"

                                      

jeudi 15 juin 2017

le silence d'une goutte d'eau




Photographie : Markus Reugels ( Water Drop Refractions )

Mon exigeante intranquillité se heurte à la complaisance de mon bonheur.
De là mon bruit et non la faille.

L'eau heurte la pierre. La main heurte la peau.

C'est ainsi que l'on parle des heures et c'est ainsi que le cœur bat son tempo.

Si l'eau creuse la pierre c'est pour qu'un peu de la pierre soulève sa peau.
 
Une main se pose sur la peau et voilà que la peau soulève des pierres.

Mon bruit est le torrent d'une montagne et non un tombeau.

Le bonheur fait le silence d'une goutte d'eau.  


Astrid Shriqui Garain. 





mardi 13 juin 2017

L'Arlequin




 "Arlequin", © Astrid Shriqui Garain
1 - graphite, mine de plomb, pierre noire.



 "Arlequin", © Astrid Shriqui Garain
  2- graphite, mine de plomb, pierre noire, infographie


 "Arlequin", © Astrid Shriqui Garain
  3 - graphite, mine de plomb, pierre noire, infographie 




lundi 12 juin 2017

D'Okapi


"D'Okapi" - Astrid Shriqui Garain 
graphite, pierre noire, mine de plomb 



 

mardi 6 juin 2017

L'écorce




le grand Potoo - HBW Alive


L'écorce se souvient elle
se souvient-elle d'un bruit ancien,
du premier bruit
de cette déchirure de peau ?

L'écorce sait elle que se bruit est gravé sur son dos ?

Une dentelure, quelques accros, une écriture.

L'écorce se souvient elle que c'est le temps et la poussée de sa sève qui lui a ouvert la chair ?
L'écorce se souvient elle que pour grandir et tendre vers le ciel il a fallu s'élargir
pousser,
avoir le tronc plein et gros
un tronc bien large
à vouloir la mener si haut ?

L'écorce ne sait pas, peut être,
que son poids dans ma main n'est que la coquille
d'un oiseau qui a ouvert ses branches pour traverser le ciel.

Mais l'écorce se souvient elle
se souvient elle du premier mot
de ces lettres
arrachées de sa peau ?

L'écorce se souvient elle avoir cousu ce mot à mon dos ?
Et qu'en ramassant d'elle ainsi ce morceau
c'est un peu de l'oiseau tombé du ciel que je porte à ma peau ?


Astrid Shriqui Garain 

 

mardi 30 mai 2017

l'ombre déroule


"The ninth vawe" © de Ceslovas Cesnakevicius.


L'ombre qui déroule ta chemise sur mon chemin
c'est un livre grand offert à la parole de mes mains.

C'est un océan qui plonge dans un regard
et qui remonte à la lumière de ta bouche.

Et c'est ainsi que je perds pieds
lorsque ma mémoire se retrouve à te chercher.

La lumière marche toujours sur l'ombre,
puisque nos rêves nous envolent
aussi loin que la vie peut nous porter.

Alors, de ce lieu, il se peut que je tu lises
le premier refuge de ma pensée.

Astrid Shriqui Garain," l'ombre déroule".  © 

lundi 22 mai 2017

le soleil coincé


 "écaille" , huile, Astrid Shriqui Garain ©


Le soleil coincé entre les pôles
je courais coller mes ailes
aux pétales du ciel

en épingle sur la page
avec mes deux mains tendues
vois tu
...ça ne rime plus.


Astrid Shriqui Garain, ©" le soleil coincé" 


Organique 9 - 7





"Les organiques - 9 " Astrid Shriqui Garain, ©



Les organiques - 7 - Astrid Shriqui Garain, ©



Je sais que le hasard




 "Be"   © Photographie d'Oliva Parker, 2016 ,
série " disparaître en pleine vue".



Je sais qu'il n'existe pas de hasard

le rêver c'est possible voyager


Je sais qu'il n'existe  pas de chant

celui qui me vit de t 'espérer


Je sais que la nuit ne féconde pas le jour

Je garde ton étoile au goût de ma langue


Je sais que les mots ne défilent pas l'éternité

et c'est là que j'ai tissé la clé


Je prononce ton regard à la lumière d'un poème

Puisque le temps ne sait rien faire

alors c'est à moi de ne pas l'oublier


Oui je sais  qu'il n'existe pas de hasard

alors si matin je parle en étoile

c'est parce que j'écris pour te trouver


Savoir qu'il n'existe pas de hasard

Penser c'est impossible résister

c'est peut-être là la seule force d'exister.


Astrid Shriqui Garain, © " je sais que le hasard".


jeudi 18 mai 2017

La lettre voyage



Matin. Matin d'une lettre.
Une lettre voyage, venue, posée, comme bagage.
Une lettre sur la table comme l'empreinte d'une main, témoin,
survivante à des myriades de sable.
Prendre le temps. Le temps devenu trop sérieux, trop pesant parfois.
Respirer au souffle de ce rivage.
Prendre le temps, regarder une date, tourner et retourner son enveloppe.
Comme un coquillage, une nacre à laquelle une gangue saline redonne la forme d'un visage.
Presque signe. Un message.
On voudrait déjà deviner mais l'incertain contient le sourire d'un présage devant lequel l il faut savoir laisser l'instant se découvrir.
Alors, enfin, convier cet instant.
Décortiquer. En ouvrir les pétales.
Ne rien déchirer puisqu'on le sait, cette lettre sera gardée, parce qu'il faut toujours prendre soin ce que l'on vous a confié.
Matin, une lettre à l' écriture vive, comme mille ruisseaux d'un langage, et l'on sourit à revoir le rythme des phrases, et l'on penche son regard à l'inflexion d'une voix, sur ses silences qui sont comme la respiration d'un pas que rien ne saura arrêter.
Écriture vive, virgule d'écailles, lettres courant l'une vers l'autre.
Intimes arabesques qui viennent combler les creux d'une absence que l'arrogance des temps pensait de son devoir remplir.
Matin d'une lettre qui forme à cette fenêtre les paroles d'une ronde imaginée.
Il faut un temps. Un temps l'on en vient à prier l' heure de s'arrêter.
Pas de voyant, pas de flux, pas de bip, par de cliquetis.
La modernité serait de reconnaître que nous ne sommes qu'aimant d'éternité.
Juste cette lumière, rendue à ce temps, livrée à cet orage troublant, entendre un peu lointains les bruits qui viennent frôler le ventre des nuages, à demi ton, à petite voix, trois feuilles d'un beige revêtu sur lesquelles une encre marine festonne l'étendue.
Un peu de ce rivage. D'un paysage enfin reconnu.
Matin d'une lettre, une ville, une date et un prénom résonne.
« A force de m'écrire/Je me découvre un peu/ Je retrouve l'autre » écrivait Andrée Chedid.
Quoi de plus précis pour dire ce que le matin d'une lettre peu offrir en partage.
Rompre la cadence des heures et goûter un peu de ce pain qui nous donnent matin la force de rejoindre nos rives.
Des mots qui donne au quotidien la silhouette d'une âme.
Le parfum de l'esprit est là, entre les lignes comme des oiseaux menus posés au fil d'un passage soulignant la présence d'un geste, la romance de toute peine, et l'élégance d'un sourire.
Ainsi devrait-on toujours reconnaître notre concorde appartenance de nos Vivre-bagages.
« Je vais bien ».
Trois mots qui viennent apaiser votre cœur. Trois mots qui viennent du pays d'Amitié, trois mots liés maintenant à votre pensée par le présent de leur ligne, devant vos yeux, à votre bouche, dessiné .
Musiques de mots espérés attendues, à présent entendues, à bras ouverts, comme la sonate d'un baiser.
On ne s'écrit plus. C'est un usage, une convenance, un pacte.
On fait vite, on fait peu, on se salue, on dit si peu.
On verbiage On transmet. On efficace.
On rentabilise. L'investissement a perdu tout usage. Les thèmes et les termes ont perdu leur langage.
On se mesure , voilà l'estime qui va de soi en soi.
On catapulte une idée, à peine si on veut bien savoir dans quel interstice elle voudra peut être se loger.
Vers quel désir, quelle crainte, quelle joie, quel amour elle portera l'enfance de son fruit….
On ne s'écrit plus de crainte de retrouver l'Autre.
Alors à ces moments perdus, on se perd chaque jour un peu plus de vue.
On existe, ou du moins on a l'usage de vouloir le fort prononcer.
Marteler peut briser plus qu'il ne crée.
On ne s'écrit plus. On se dissout, on se disperse. On ne s'écrit plus, de soi en l'autre et de cet autre vers soi. Le sable ne sait pas comment adresser un message à des regards vitrifiés.
On écrit sans même y penser.
Sans rien dessiner, sans rien laisser deviner.
Une lettre sur la table comme l'empreinte d'une main..
Les cloisons forment les prisons. Des lieux où l'on fait son temps.
On le compte, on y soustrait ses heures, celles qui d'un jour viendront à nous manquer.
Matin d'une lettre, comme ce bonjour qui de sa plume avive le jardin de mes pensées.
Douceur de toi venue généreusement semer ses mots en moi.
Que de fruits ces mots viennent d' offrir, que de plaisir, de plénitude, ces mots viennent fleurir aux fenêtres grandes ouvertes du matin.
A ce demain d'une lettre,
que je tiens dans mes mains et que tu recevras
matin, comme toute lettre libre voyage .

Astrid Shriqui Garain, © la lettre voyage.

mercredi 17 mai 2017

L'ïle monarque



L'île monarque, © Astrid Shriqui Garain 

 La démence n’est que par ciel. 
Il faut poussière adjoindre à l’écriture du monde.
Du bout des lèvres ordonner l’espace entre ce que nous fécondons et ce que nous condamnons.
 
 C’est un silence que nous combattons.
Sans que rien ne cesse.
Sans relâche.
En voulant pourtant tout commettre.
Dans nos tentatives de communion, dans nos affrontements, nos fuites, nos rébellions, et dans nos insignes acceptations.
Faire en sorte du dire pour ne pas tomber muets et sans autre nom que celui que viendrait recouvrir la poussière de ce que nous empreintons.
Ce faire entendre comme une nécessité de chair.
Faire se lever, se dresser, une voix, un son, une lumière.
Cette trace d’ existence.
Non pas pour laisser , achever, abandonner, mais pour donner, offrir,
offrir une possibilité à ceux qui nous suivrons.
A ceux qui ne doivent pas nous survivre. mais vivre à leur façon,
et à leur manière toute particulière : une démentielle présomption.
Car vivre est une présomption,
une présomption d’existence.
Qui peut dire exactement où commence et ou s’arrêtera notre fiction ?
C’est cette liberté que nous devons reconnaître.
L’empreinte d’un corps fugace, passager de miroir de glace,
âme peut être, esprit qui sans relâche ordonne l’espace.
Juste une échancrure de parole .
 
C’est un silence que nous combattons.
Ainsi nous comètons.

Alors musicien par le son, le geste, le pas, par l’image, par le verbe, musicien,
il nous faut connaître l’empreinte de chaque ton.
Au creux de nos mains :l’échappement d’un regard.
Des poings comme des étoiles et que démence par ciel nous libérons.
Entre nos tempes soumettre la violence à l’intelligence de ce que percevons.
Battre de nos ailes et faire monter l’encens sublime d’un tempo.

La démence n’est que par ciel.
 
C’est vivre que d’être fou.
 
Parce que nous n’avons pas d’autre choix que d’être plus fort ,
plus vif que ce qu’il nous semble être mort.
 
Inévitable n’est pas un flot qui convient aux étoiles.
Elles naissent aux bords du monde, entre les lèvres de chaque seconde, brèves pulsions en de convulsives cascades. Danse monarque déversant un futur mémoire dans un astre domaine.
 
La démence n’est que par ciel. 
Un jour tout de blanc . Brûlant, étincelant.
 
Cela sera en nous de tout autrement.

Asrid Shriqui Garain, ©, l'île monarque.  01.2016, 


babelion



Babelion, ©, Astrid Shriqui Garain 



Organique5


Organique5, © Astrid Shriqui Garain


"L'unité de conception surréaliste, qui prend valeur de critérium, ne saurait être recherchée dans les "voies" suivies qui peuvent différer du tout au tout. Elle réside dans la profonde communauté de but : parvenir aux terres du désir que tout, de notre temps, conspire à voiler et les prospecter en tous sens jusqu'à ce qu'elles livrent le secret de "changer la vie". »    André Breton
(Sarrebruck, Mission diplomatique française en Sarre, Peinture surréaliste en Europe (préface d'André Breton), 1952, )."



eThNOGRAPHIEs



eThNOGRAPHIe 1    © , Asrid Shriqui Garain


 eThNOGRAPHIe 2  ©  , Asrid Shriqui Garain

mercredi 10 mai 2017

à la bouche






"à la bouche" , © Astrid Shriqui Garain 


 Par ses entrelacs singuliers
la feuille égraine la pulpe d'un mot
sous le pendule d'un arbre.

La vulve grandissante de l'Être
épure la fibrance de sa chair

A l'entaille de sa terre
elle ouvre et parle sa matière.

Déchirement qui s'ouvre et qui se voit
d'une main traverser l'immensité de sa tête.

Papilles volubiles
comme lignes semant une lettre
à la renverse d'une veine.

geste dévêtu de sa nuit
berçant la vie dans une fenêtre ouverte.



à la bouche, 
© Astrid Shriqui Garain 

l'arbre de Jessé



"L'arbre de Jessé "
©  Astrid Shriqui Garain