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lundi 6 juin 2016

Journée exceptionnelle du déclin de Samuel Cramer, Agnès Michaux




ISBN 9782714471260 


«  couché sur le ventre du sable du monde, je regarde

 ta bouche qui trace le chemin.Ton rythme a pris mon 

pas, tu sais où nous allons. Tu sais mon adoré, ma 

saison préférée, Tu sais ma vie, mon amour, mon

 été ». Agnès Michaux.


 
«  Ces mots là, c'est le soleil en face » . 

Les miroirs sont beaux chez Agnès Michaux. 

Très beaux. Les reflets ne le sont pas moins. 

Ils sont également exceptionnellement... précis. 
 
La poésie ? Là-bas. Là où il y a la mer.

C'est peut juste en face. 

En face qui nous semble si loin.

La faute à qui ? À ce qu'effacent les vagues. 

La musique contre le tumulte. On la respire. 

La nuit conte sa démesure. 

 
On ne voit pas toujours ce qui s'écrit là devant nous

parce qu'il y a la brume ; Un nuage rouge de brume.

Ce qu'on projette , nous éclaire mais nous aveugle

 parfois.

Comme le soleil, celui d'en face. 



Agnès Michaux 
 


Il y a l'écrit. Qui est derrière l'écrit...

On écrit, ça écrit, ce qui est devant l'homme écrit, 

ce qui est derrière lui le pousse à écrire.. 

Quelqu'un a écrit ça. L'homme est assis. 

Dedans : Sa vie ou ce qu'on en rêve. 

Ce qui nous en restera ce : qu'il en donnera. 

Devant : ce qui nous parvient :  Un écho.


Autour : ce qui s'écrit. 

Le reste : ce qu'on en comprendra.
 
C'est un roman comme on aime en recevoir. 

Les livres qu'on aime voir écrits on les reçoit. 

C'est comme ça. 

Parce qu'il n'y a pas d'évidence dans ces mots là.

Un je labyrinthique. 

Jamais une mise en abyme. 

Et c'est en cela que ce roman est une réussite.

L'exercice était difficile. 

Connaissez vous l'expérience de Brunelleschi , 

elle date de 1425 …

Une expérience où le miroir, le jeu du miroir est

nécessaire pour obtenir la perspective exacte. 

Agnès Michaux a reussi l'expérience.

 
Voyez bien ce qui est écrit derrière tout cela.

Réalité, identité, vérité...

Un je. Un autre jeu.

Il y a de grands miroirs chez Agnes Michaux, il y a de

grands poètes , et on y entend l'intelligence du

monde …

Lorsque que la perspective est en « je » , les lignes

 bougent. 

Ce n'est pas étrange, c'est ce qui est écrit. 

Depuis toujours. Depuis le premier mot. 

Le premier verbe. 

 
C'est toujours ce qui se produit. Ce qu'on cherche à 

lire. 

Quand le monde pense ses perspectives , le monde

 change son axe. 
 
C'est dangereux, périlleux 

Le temps devient mouvement. 

Rupture... On tombe devant un miroir qui se brise ou

 ou çela vous traverse. 
 
Lecteur ou auteur celles et ceux qui connaissent la

musique aimeront décliner cette journée

exceptionnelle avec Sam, et les maux de l'amiral, et 

la poésie d'Agnes Michaux. 
 
Samuel Cramer c'est peut être Baudelaire... 

ou comme disait le grand Leprest c'est peut être

 Mozart… 



Ce n'est pas si grave, on reconnaît toujours les

siennes. Cherchez bien... c'est ce qu'on lit.
 
Sans oublier les siens .. mais pas n'importe qui. 

Pas pour n'importe quoi. 

Il y a une bonne raison à tout cela.

Jeu de miroir, je de masques, je thème et tu me

 « bless ».

Écrire c'est aimer. 

Sinon c'est la mort. 

Ça tient à ça les mots sinon c'est illisible.

 
On en fait pas tout un drame. 

Non c'est la vie, la vie c'est une tragédie. 

Alors on prend le meilleur. 

Et on en rit sans parti pris et même si on perd la 

partie. 

Et avec ça ? C'est la guerre ! La plume au fusil ! 

« On dirait que...On dirait qu'on écrirait comme on 

vit, on dirait qu'on ferait pas semblant, on dirait 

qu'on est des géants, on dirait que tu tombes, on 

dirait que t'es pas mort... »

Tellement occupé à écrire qu'on en oublie de mourir.

Oui cette journée particulière fait exception à la règle.

Se sentir « effroyablement vivant » , derrière un 

nuage rouge, mais tenant l'aube de son vivant. 

 
Livre à miroir, à tiroir, à facettes. 
 
Une vraie découverte pour moi.  Une rencontre.

J'aime ce roman. Lorsque que l'élégance d'un Cramer

rencontre l'intelligence d'une Michaux , 

ça ne fait pas des ronds d'eau..., 

ça se lit, et ça se dit.


Alors même si j'ai l'esprit qui déborde trop souvent de

la soucoupe comme disait Virginia Woolf,...

écoutez bien ce qu'on vous écrit : Lisez ce livre !


Merci aux Éditions Belfond, ainsi qu'à l'équipe de 


Babelio.com de m'avoir permis de découvrir  « la 

journée exceptionnelle du déclin de Samuel Cramer » 

d’Agnès Michaux, et ceci à l'occasion de la 

présentation du programme de la rentrée littéraire 

de leur maison.

 
« J'aime la nuit.

Parce que vous dormez et que je veille. 

Parce que votre sommeil m'offre une solitude

sans tristesse. ». Agnès Michaux 



NB : N'hésitez pas à aller découvrir également la nouvelle "fanfarlo" (1847)  , la seule et unique nouvelle , de Charles Baudelaire.  



 lecture, Astrid Shriqui Garain 




 

mardi 31 mai 2016

Bruges-La-Morte, Georges Rodenbach



Décidément
il était le bon génie de la cité, qui la révélait à elle-même,
lui mettait au jour d’occultes trésors, qu’elle ignorait.
    Georges Rodenbach, ... "Le Carillonneur"




« Ay Marieke ....Marieke je t'aimais tant 

Entre les tours de Bruges et Gand
 
Ay Marieke.... 

Marieke il y a longtemps ... »
 
                                             chante le Grand Jacques






« C’est tout là-bas, parmi le nord où tout est mort :

Des beffrois survivant dans l’air frileux du nord »

chante Grand Georges 

( Georges Rodenbach - poème, paysages de ville ( XIV) )


«  leçon de silence venue des canaux immobiles, à qui leur 

    calme vaut la présence de nobles cygnes »


Fernand Khnopff, Bruges, l'entrée du Béguinage - 1904




 «  J’ai voulu montrer combien par un seul trait, on pouvait 

évoquer tout un paysage, des côtes découpées, des récifs… 

Et ainsi toucher l’infini. » 

Fabienne Verdier 


 "Mater dolorosa d'après Simon Marmion " ,

 Fabienne Verdier




« Cela sent la mort, le Moyen-Age, Venise en noir, les 

spectres routiniers … cependant Bruges s’en va, elle aussi » 

Charles Baudelaire



les cloches tintent , 

les marbres portent, 

les mantes noires , 

la nuit coule et les âmes pleurent…


« Ay Marieke Marieke il y a longtemps ... »






«  il flotte une odeur de linge humide, de coiffes défraîchies à 

    la pluie,... »


« Ils peignent comme on prie »…



ils peignent la lumière ...à s'y méprendre.. 

L'illusion crée la profondeur.

Du pain béni. ... 





                               Les trois figures, Léon Spilliaert 
 

....Elles murmurent, 

elles espionnent, elles trottent , 

se signent , se faufilent. 

Les miroirs de Bruges ont leurs servantes. 

 


Bruges la froide, Bruges la morte…

étonnante création. 

Bruges ... « soror dolorosa » ... 

« pénétrations de l'âme et des choses », 

«  nous entrons en elles tandis qu'elles pénètrent en 

nous, »... Bruges, ...cette morte. 
 
« Toute cité est un état d'âme ». 


 F.  Khnopff 

Bruges la morte... , étrange roman, 

qui me fait découvrir une ville que je pensais... mais ignorais.


Bruges, les « Bruges », 

ville pleine, ville vide, ville ombre, ville flamme, ville chant, 

ville psaume, ville glas, ville tocsin, ville seule , ville pardon,

 ville songe, ville fantôme, ville refuge, ville dérive, ville phare.

Les Flandres se dressent, se reflètent, les Flandres 

regardent, scrutent, dominent.

Bruges , la Venise du Nord. Bruges l'espagnole, 

Bruges la catholique, Bruges l'étrange.., 

la mystique, la gardienne.



  Jan Van Eyck


« La ville est une sirène qui fait perdre la mémoire à celui qui 

la façonne afin qu'elle puisse conserver son âme. 

Architecture mnémonique.
 
Prend garde conquérant ! 

La ville peut te transformer en esclave.
 
La ville tient registre d'elle même. 

Par les signes qu'elle porte en elle elle offre un nouveau

 langage à l'homme. 

Signe de pouvoir, de servitude, de magnificence, 

de plaisir , de rêve.
 
Tout fait signe dans la ville. 

Celui qui a reçu la lecture des signes d'une ville , 

où qu'il se trouve tentera de retrouver ces signes n'importe 

où.

 C'est le langage de la ville qu'il l'occupe à présent, 

qu'il a à l'esprit. 

"Il ne sait plus voir dans un vol d'oiseau l'arrivée d'un orage

 mais à présent il reconnaîtra le visage d'un dieu dans

 l'écorce d'un arbre... » ainsi commentais-je 

les Villes Invisibles d'Italo Calvino.

L'empreinte qu'une ville nous laisse est elle plus marquante

que la forme que nous lui donnons ? …


Bruges , tout là bas, parmi le nord...

Bruges toujours muette , et de ce saint-sang coule en corps.









Astrid Shriqui Garain, lecture