" Les yeux sont des moteurs, pour aller dans l'autre sens,
vers le futur, vers les pays inconnus, vers les rêves,
les choses de cette nature,...
Alors, parfois, les femmes ont des yeux très bleus".
J.M.G Le Clézio - Mydriase - Vers les icebergs.
"On a tellement dit que nous n'apprenions rien d'une image, alors qu'au contraire nous n'apprenons rien que sur les images que nous sommes capables d'engendrer, precisément pour comprendre".
'L'essence de la poésie se lit dans ce que dévoile une libellule photographiée : l'étrangeté d'un monde entièrement inventé"
" la visibilité du monde est différentielle"
"Tout être vivant s'inscrit dans le monde comme être d'action, de proposition, d'anticipation - on oserait dire d'invention."
" il y a un autre monde, inouï , qui se déploie, visible grâce aux énormes yeux à facettes à peu près sous 360 degrés dans tous les plans possibles".
Alain Cugno -La libellule et le philosophe ", extraits.
Cette blessure
Où meurt la mer comme un chagrin de chair
Où va la vie germer dans le désert
Qui fait de sang la blancheur des berceaux
Qui se referme au marbre du tombeau
Cette blessure d'où je viens
Cette blessure
Où va ma lèvre à l'aube de l'amour
Où bat ta fièvre un peu comme un tambour
D'où part ta vigne en y pressant des doigts
D'où vient le cri le même chaque fois
Cette blessure d'où tu viens
Cette blessure
Qui se referme à l'orée de l'ennui
Comme une cicatrice de la nuit
Et qui n'en finit pas de se rouvrir
Sous des larmes qu'affile le désir
Cette blessure
Comme un soleil sur la mélancolie
Comme un jardin qu'on n'ouvre que la nuit
Comme un parfum qui traîne à la marée
Comme un sourire sur ma destinée
Cette blessure d'où je viens
Cette blessure
Drapée de soie sous son triangle noir
Où vont des géomètres de hasard
Bâtir de rien des chagrins assistés
En y creusant parfois pour le péché
Cette blessure d'où tu viens
Cette blessure
Qu'on voudrait coudre au milieu du désir
Comme une couture sur le plaisir
Qu'on voudrait voir se fermer à jamais
Comme une porte ouverte sur la mort
Cette blessure dont je meurs.
Étienne-Louis Boullée, Projet de cénotaphe à Newton, vue en élévation, 1784.
Vue intérieure
""Esprit sublime! Immense et
profond génie! être divin! Newton! Accepte l'hommage de mes faibles
talents… Ô Newton!… J'ai eu l'idée de t'entourer de ta découverte, et
ainsi, d'une certaine manière, de t'entourer de toi-même."
"Comme en
témoignent son envolée inhabituellement lyrique et son projet sublime,
Boullée, comme bien des membres de sa génération, était fasciné par la
physique newtonienne. Quant à son travail, il illustre à merveille les
caractéristiques de l'architecture à la fin du XVIIIe siècle :
de grandes masses simples, exemptes de toute décoration inutile, et
"une architecture parlante", c'est-à-dire des bâtiments dont les formes
expriment la fin. Le sarcophage de Newton repose sur un catafalque
surélevé, et l'effet de nuit résulte de trous percés dans la voûte qui
filtrent la lumière naturelle, donnant l'impression d'étoiles qui
brillent à travers la lumière. L'effet de jour est créé par une lampe
placée dans une sphère armillaire suspendue au centre du globe. " ( source Bnf )...
Thomas More avait ,dans Utopia , projeté son rêve : le rêve d'une île de sagesse. Un lieu qui n'existe pas....Une arche de félicité et de paix, comme le dernier navire d'une nouvelle humanité.
Il ne fut pas le seul à projeter ses rêves. Il faut bien un peu rêver aux sommets pour espérer toucher le ciel....
Le cénotaphe de Newton...un roman qui, personnellement, m'a embraquée, transportée...
" Hast du etwas Zeit für mich,
dann singe ich ein lied für dich
von 99 Lufballons
au irhem Weg zum Horizont. "
"Si tu as un peu de temps pour moi,
Je vais te chanter une chanson,
celle des 99 ballons
et de leur envol vers l'horizon"
Evasion de Berlin est : Deux amis, un mécanicien et un maçon, ont construit un dispositif à air
chaud avec des bouteilles de propanes pendant que leurs femmes
réalisaient la toile du ballon. En Septembre 1979, les deux couples
s’envolent avec leurs quatre enfants et passent la frontière à 2400
mètres d’altitude
Berlin- Dome du reichtag
Alors, le temps le prenons. Saisissons le, à défaut de pouvoir l'arrêter.
La vie est parfois ...un rêve parfois... une malédiction.
Le monde est un théâtre. "Deus ex machina"...ou "diabolus ex machina" .
Que devient une utopie lorsqu'elle tombe entre de mauvaises mains ?
que devient elle ? une folie, une effroyable machinerie ?
comment y survivre ?
Considérerons nos villes, nos temples de pierre, nos colonnes, nos places se vider, se remplir, nos murs s'ériger, se dresser, se lézarder, s'effondrer, voyons nos avenues défilées...défilées dans nos mémoires éffilochées.
les vainqueurs, les vaincus...qu'en restera t il lorsque les siècles se seront succédés ?.
Que lira-t-on dans les vestiges des ruines ?
murmures fantômes dans le silence des murs...
Le dôme de Genbaku était à l'origine le palais d’exposition industrielle
de la préfecture d'Hiroshima. Il est devenu le mémorial de la paix
d'Hiroshima en tant que seul bâtiment à rester debout près du lieu où
explosa la première bombe atomique, le 6 août 1945.
Diorama- berlin est
"Les Ambassadeurs" de Hans Holbein le jeune 1533
Théâtre de papier, théâtre d'ombres, lanterne magique, cénothaphe, anamorphose, peinture, diorama... En filigrane revient le nocturama de Sebald. Jacques Austerlitz , tu n'es jamais très loin.
Newton (1795) de William Blake
les phases de la Lune de Galilée
Images, photos, cinéma journaux , rapports, archives, ...informations, délations... à l'affiche de nos vitrines brisées..que deviendra le reflet du passé?
Caméra, camera obscura, qui a les clés de toutes nos cellules photographiques?
De l'autre côté du mur, de l'autre côté de la rue. Question d'optique, d'objectif
Vienne... un jour, Berlin....la nuit.
Paris, Moscou, Postdam, l'Espagne, Odessa, Prague, Auvers sur Oise...
Les hommes passent à la vitesse de la lumière.
Des coups de foudre, des coups de tonnerre en forme d'éclairs...
comme les étoiles, filantes, brillantes, brûlantes. On les regarde et déjà elle ne sont plus.
Les décors sont les mêmes. Toutes les questions portent en elles une lumière.
Question de jour, question de guerre, question d'électricité ou de ballon dans les airs.
La symphonie restera-t-elle inachevée ? Die Unvollendete...
Comment ne pas penser aux prisons imaginaires de Piranese, à Piranèse (1720-1778) - graveur des antiquités romaines, de ces prisons de théâtres, à la folle démesure de tous nos enfermements, de nos abymes ? Comment ne pas revoir ses gravures évoquant les antiquités romaines ?
Piranèse (1720-1778) - graveur des antiquités romaines Newton...tout gravite. Gravité vers un centre, attraction universelle. Les choses s'attirent. Attraction gravitationnelle, tout se rejoint.
Quel est donc le grand organisateur du monde ? Newton, ou sa découverte ? Quel est le plan ? Quel est le sens, la loi de la chute des corps ?
Utopia...Germania...La démesure. La colossale, effroyable démesure.
C'est le roman des utopies. de toutes nos utopies :
Un jeu de miroirs , un véritable jeu de massacre. L 'Histoire ne s'arrête pas.
" c'est sur le palier du deuxième étage d'un immeuble de la rue Tiquetonne un jour de juillet 1783 que toute cette histoire a commencé..."
il sera 1997, à l'horloge du monde lorsque nous tournerons la dernière page de ce roman. Rien ne peut arrêter les anguilles du monde.
C'est l'histoire d'hommes et de femmes, d'une famille recomposée, décomposée, éparpillée. Des vies que l'Histoire transformera en destins.
Satanés, sacrés, fichus destins.
C'est plus de trois cents ans de notre histoire, de notre histoire européenne que Domique Pagnier nous fait traverser.
Ville, architecture, mémoire, reflet, miroir...
Un plan, un cadre...
Un carré de tissu, une fleur, un disque rayé, une musique, un parfum, un prénom, une carte témoin du tarot des destins ....et si tout était lié, relié par une force qui nous échappe ? Et si tout cela composait....
Newton...Boullée...et puis le grand Tournant. Tournant de l'histoire qui désaxe les pôles. L'axe est/ouest n'est plus. L'équilibre reste à imaginer.
Quels sont nos murs, que sont nos rêves devenus....
"Jusqu'à Gutembreg, l'architecture est l'écriture principale, l'écriture universelle"
disait Victor Hugo,
alors quelle histoire, quel fantôme marchent dans nos ruines, qui parlent ?
A la lecture de roman me sont revenus en et de mémoire non seulement le fabuleux roman "Austerlitz" de Sebald mais également deux livres d'Alain Fleisher, ( étonnant ce rapprochement constant de l'image et de l'écrit...) : "sous la dictée des choses" et "Alma Zara".
Oui étrange et étonnant, comme soudain on repense également aux histoires de fantômes pour grandes personnes, à la survivance que contiennent les images...
Comme si tous cela répondait à une attraction gravitationelle.
Mémoire, art, utopie, survivance, témoignage...Voilà quelques uns des grands sujets qui jalonnent ce roman.
Beaucoup de questions, et un besoin encore plus irrépressible de parcourir le grand Atlas mnémosyne du monde , comme avait su le composer Aby Warburg.
Plans for an underground nuclear shelter. paru dans You Are Here: NYC: Mapping the Soul of the City,
publié par Princeton Architectural Press. FROM ESQUIRE, DEC 1969 /
COURTESY JF PTAK SCIENCE BOOKS / COURTESY OF PRINCETON ARCHITECTURAL
PRESS
Lichtgrenze : 8000 ballons lumineux recréent le tracé du Mur de Berlin
Centrale nucléaire de Fukushima, Japon , explosion d'un réacteur
https://www.youtube.com/watch?v=X8KFv61Fz6I
"Heute zieh ich meine Runden Aujourd'hui je fais mes rondes Seh' die welt in Trümmern liegen Je vois que le monde est en ruine Hab' 'nen Luftballon gefunden J'ai trouvé un ballon Denk' an dich und lass' ihn fliegen Je pense à toi et je le laisse s'envoler"
99 Luftballons....
Le cénotaphe de Newton, de Dominique Pagnier aux éditions Gallimard, rentrée littéraire 2017 : un étonnant moment de lecture, une quête, "une métaphore vertigineuse".
Opération Masse critique aout 2017 Babelio en partenariat avec les éditions Gallimard.